Chronique

Yoorim Won

Iklim : Memory and Curve

Yoorim Won (fl, voc), Nina Gat (p), Matis Regnault (b), Léo Tochon (d).

Label / Distribution : Inouïe Distribution

Ikilim : Memory and Curve, imaginé par la flûtiste, arrangeuse et chanteuse Yoorim Won, est un disque de douce compagnie, même si le propos n’est pas toujours d’une grande tranquillité et que son ambition est de déraciner l’auditeur.

Ikilim, soit une musique qui attire l’oreille selon un jeu de mots coréen, se veut le premier volet d’une série explorant les traditions musicales de plusieurs pays.
Pour ce voyage, la musicienne a choisi le point de départ le plus évident et le plus chargé d’émotions sans doute : chez elle, en Corée. À ses côtés, Nina Gat au piano, Matis Regnault à la contrebasse, Léo Tochon à la batterie.

Les premières notes évoquent le peu que nous connaissons des musiques est-asiatiques : bribes entendues notamment chez ce grand passeur et mélangeur de genres que fut Ryūichi Sakamoto. Puis, rapidement, la forme jazz prend sa place et contrebalance avec de plus familières habitudes musicales pour un délicat entre-deux.

Les quatre premiers morceaux (les quatre parties de « 500 Years Arirang ») ne tentent rien de moins qu’une réécriture sensible de cinq siècles d’histoire coréenne.
De l’ambition et des émotions en pagaille.
Sentiments qui affleurent de nouveau avec « Habuji », chanson dédiée à son grand-père et construite sur une prière rituelle.

D’autres pistes s’appuient, là sur des arrangements de structures rythmiques coréennes typiques, ici sur des thèmes traditionnels.
Puis vient l’idée, très juste, d’un salut aux explorateurs : « Taepyeong Trane », dédié à John Coltrane qu’on peut voir comme une sorte de patron des grand explorateurs musicaux avides d’expérience spirituelle. Morceau entièrement joué au taepyeongso, le hautbois coréen.

Paysages variés, probablement nouveaux pour plus d’une oreille, une implication qu’on imagine facilement à fleur de peau et, pourtant, tout cela se visite comme enrobé dans un confort ouaté qui embaumerait presque le voyage de vapeurs narcotiques.