![]() Publié le 5 septembre 2005
Jazz à Luz 2005 : Instantanés
(Luz Saint-Sauveur - Hautes-Pyrénées)
Chris Cutler (Henry Cow, etc), dont, en temps normal, le visage et le maintien respirent l’austérité, acquiert dès qu’il passe derrière son fol ensemble de percussions une légèreté, une souplesse étonnantes. Il ne bat ni ne frappe, il danse. La variété des sons produits par ses dispositifs, qui vont de la balle de ping pong au plus invraisemblable enchevêtrement de fils, ne laisse aucune place à la répétition.
Dès qu’il entre en scène, Fred Frith (Henry Cow, etc) se déchausse violemment. En même temps que ses espadrilles, il envoie promener toutes les conventions passées, présentes et peut-être à venir en matière de jeu de guitare. Qu’il passe celle-ci à la brosse à reluire où la caresse de son archet, qu’il l’agrémente d’une boîte de pastilles Pullmoll pour y déposer amoureusement une chaînette, ou daigne y plaquer quelques accords hargneux et... désaccordés là où, depuis longtemps, le public n’attend plus de notes égrenées, jamais il ne cède à la facilité purement bruitiste. Le mélange est détonnant, mais résistera-t-il au temps ?
Fanfare de bons instrumentistes (dont le batteur Fabien Duscamps, détenteur du record des « musiciens ayant le plus souvent joué à Jazz à Luz »), ce groupe cuivré synthétise des influences (klezmer, etc) qu’on pourrait croire irréconciliables. Pour danser.
Camel Zekri traite sa belle guitare Godin avec autant de respect que Fred Frith maltraite sa vieille Gibson. Autant l’un caresse, effleure du bout des doigts et dispense des fragments de mélodies influencées par ses origines nord-africaines, autant l’autre brutalise, désaccorde, déstructure - sans respect pour le flegme et la retenue britanniques. Là où l’artiste à peu sombre s’arme d’électronique pour finalement s’en servir très peu, le professeur de composition ( ??) à Mills College multiplie les accessoires acoustiques : ruban rouge ( ?), grains de riz, baguettes de batterie... À priori donc, tout les sépare ; pourtant, on voyage dans sa tête pendant une bonne heure, et on les rappelle deux fois.
Allégée de ses rappeurs et de son prestigieux invité du festival Sons d’hiver 2004, cette improbable formation inventée par Jean Rochard (âme du label NATO) qui accole deux représentants du jazz européen (François Corneloup, sax baryton et soprano et Tony Hymas, claviers) à deux ex rockers noirs américains (Jef Lee Johnson, guitares et Stokley Williams) prend un virage résolument plus hard jazz. Parfois ça marche, parfois non. Il y a des longueurs et des répétitions. De très beaux solos aussi. On s’en va quand même avant la fin.
On attendait avec impatience de revoir la légende vivante de la contrebasse, celui qui fut de toutes les aventures sans rien avoir perdu de sa fraîcheur, de sa curiosité et de son humour (« Et maintenant, tous au bar ! » s’exclame-t-il à peine la dernière note jouée). On ne s’attendait pas à ce que Barre Phillips se retrouve englouti sous un flot de percussions égocentriques (résolument acoustiques) et de poésie auto-proclamée de la part d’un Alain Joule qui nous a déclaré d’un air dégoûté « détester Rebotier » alors que ses textes en sont une pâle imitation. On attendra donc de réentendre l’artiste dans un contexte qui lui permette davantage de s’exprimer.
En préambule, Claude Tchamitchian, qui emmène cette nouvelle formation de huit musiciens, parle d’amour et de partage (il est bien le seul) en les opposant à la « domination » et à l’argent, ainsi qu’à certaines stratégies qu’il qualifie de « stupides. » Il rappelle utilement que la lutte des intermittents du spectacle est loin d’être terminée. On leur souhaite de progresser sur la bonne voie.
De jeunes Basques entament, tard le soir, au Verger, une espèce de sarabande marcœurienne passée à la moulinette Comelade. Citons le programme : « [...] orgues de bazar, bontempis, objets de vide-grenier, trompette trompée, glock, flûte à cou-lisse, hochets, caisse roulante, chat dans la gorge, casseroles... » Ajoutons le violoncelle, la clarinette, la petite voix et la grosse caisse de Maïtane Sébastian.
Après le "Virtual Meeting" discographique auquel il avait convié Chris Cutler en 2003, cet autre as de l’électronique fait le pari de marier improvisation et électroacoustique mais cette fois sur scène. La magnifique voix protéiforme et souvent tragique de Lucia Recio bénit cette union (qui, elle, résistera peut-être au temps...) où les sonorités acoustiques de Jean-Paul Autin (saxophones) et Eric Brochard (contrebasse) sont la composante sensuelle.
Voir aussi :
Simon Goubert Sextet / Cindy Blackman Quartet / United Color Of Sodom Le 22 Aout à 20:30 Arts des Villes Arts des Champs MEDERIC COLLIGNON SEPTIK / THE NO SMOKING ORCHESTRALe 14 Aout à 21:00 Jazz in Marciac - (30 €) O. ROBIN - S. JARROUSSE 5TET / F. ROSSI SOLO Le 11 Décembre à 20:30 Le Cri du Port - (12 €) |



























