On l’avait découverte avec Dave Douglas et dans un très intéressant duo avec Mirko Banović, ; voici que Berlinde Deman nous revient en solo sur le label Relative Pitch, toujours prompt à proposer des soli par de jeunes musicien·nes comme on pénètre dans un univers en construction. L’outil de prédilection de Deman, c’est le serpent, instrument ancien et souvent énigmatique par sa sonorité très chaude. Sa forme aussi, et son corps d’ébène, nourrissent bien des imaginaires, d’autant que Berlinde Deman travaille son timbre avec de nombreuses pédales d’effet. Elles étendent son usage et sa sonorité pour créer des nappes qui plongent l’instrument dans une magnifique boucle temporelle ouverte aux paradoxes, entre ambient et baroque sans jamais tomber définitivement dans l’un ni dans l’autre. À l’image de « Three Trees » et sa manière de trouver une solennité, une culture de l’instant. À l’image aussi de « Hum of Bees », et la basse ronde, comme jouée à l’archet, sur des mouvements infimes mezza-voce et pourtant radicaux.
Dans ce morceau, c’est l’électronique qui monte comme une marée gigantesque et fragmente le serpent en des centaines de possibles, un peu comme s’il s’agissait d’un monstre aussi tentaculaire que débonnaire. Ailleurs, comme avec « Not Later Than Noon » le serpent s’articule différemment, se fait plus mélodique sous les doigts de Berlinde Deman mais ne perd pas son goût des profondeurs, et plonge même parfois dans des précipices où plus rien n’est articulé et où la lumière se fait rare.
Plank 9 est une lettre d’amour au serpent. Pas seulement à son timbre et à sa facilité déconcertante à s’être fait une place dans le jazz, la musique improvisée et toutes les musiques non alignées, mais aussi à sa matière. Son corps ondoyant d’apparence immuable ; avec « Tales Of A Silhouette », Berlinde Deman parvient même à le cartographier en ajoutant sa voix éthérée à la complainte des basses. La fascination pour cet instrument prend encore une autre dimension.

