Portrait

Charles Gil, d’en France et d’en Finlande

Impossible d’évoquer le jazz français et la Finlande sans saluer l’artisan de cette relation.


Charles Gil par Maarit Kytöharju

Figure discrète et en même temps très présente dans l’univers du jazz et des musiques improvisées, Charles Gil est le passeur du jazz français en Finlande et inversement. Portrait de cet homme du Nord.

Charles Gil est très certainement le plus finlandais de tous les Français. Il faut dire que la communauté française en Finlande n’est pas importante - un peu moins de 4000 personnes. Quant à ceux qui œuvrent dans le jazz et les musiques improvisées, ils se comptent sur les doigts... d’un doigt ou presque. Reste qu’en Finlande, et indépendamment de la communauté française, il est devenu un acteur incontournable de la scène jazz.

Charles Gil par Maarit Kytöharju

Fraîchement débarqué à Helsinki en 1995, sans aucune maîtrise du finnois - il y a suivi la photographe musicale Maarit Kytöharju qui est devenue sa femme - il y crée son emploi. Auparavant il avait été, huit ans durant, administrateur de l’ARFI, et à l’époque, c’est tout naturellement qu’il se dirige alors vers le booking de musiciens et, mieux encore, l’organisation de tournées.

Sa qualité de Français en Finlande le place à l’articulation de ces deux scènes. Il fait tourner des musiciens finlandais en France et inversement. Mais ce n’est pas tout et quand on fait le tour des labels, clubs, théâtres d’Helsinki et de Tampere, on se rend compte qu’il est un pilier du jazz et des musiques improvisées.

Aujourd’hui, il continue bien sûr à produire et promouvoir scènes et musiciens. On lui doit des tournées de Marc Ducret, Mikko Innanen, Aki Rissanen, Naïssam Jalal, Vincent Courtois ou encore Verneri Pohjola. Il serait vain de vouloir citer tous ceux qui sont passés par ses mains puisqu’il a organisé près de mille cinq cents concerts et workshops depuis 1996 avec un parti pris : promouvoir la scène émergente. Il est notamment le relais de Jazz Migration. D’ailleurs, quand il s’est prêté à cet entretien, il était au même moment en grande discussion de travail avec Antoine Bos, délégué général de l’AJC, l’Association Jazzé Croisé.

Mais cette activité foisonnante s’inscrit dans son époque et à un moment où l’engagement environnemental semble vital, le voilà qui développe le « Slow Touring ». Pas d’avion, ou le moins possible, des déplacements en train, des configurations acoustiques moins énergivores, aucun concert isolé si ce n’est avec un musicien local. Un homme à l’écoute de son temps, pour sûr.

Quand on lui demande ce qu’il a appris de la Finlande dans son travail, il répond avec une inébranlable conviction le refus des styles, des chapelles, l’humilité. Très certainement des vertus qui font de lui un ambassadeur informel de la culture franco-finlandaise auquel il ne reste plus qu’à tirer notre « pipo ».