Chronique

Maroney - Walton - Fournier

O Kosmos Meta

Denman Maroney (p), Scott Walton (cb), Denis Fournier (dm)

Label / Distribution : Rogue Art

Ce trio compte parmi les plus inventifs d’aujourd’hui. Composé de Denman Maroney, Scott Walton et Denis Fournier il propose un regard pertinent sur la contemporanéité du jazz.

La recherche de la notion d’ « hyperpiano » souhaitée par Denman Maroney du haut de ses soixante-quatorze printemps est très aboutie ici, une de ses mains jouant sur le clavier et l’autre allant explorer la face cachée de l’instrument à l’aide de bols en aluminium, de barres de cuivre, de blocs de caoutchouc ou de divers ustensiles ménagers de toute sorte. Accords et désaccords où l’inventivité est mise au service des sons produits par les stridences, glissements sur les cordes, échos répétitifs, frottements diversifiés... le tout se révélant majestueusement à l’auditeur.
Ne nous y trompons pas, le piano se dévoile au pluriel et offre des possibilités linguistiques inspirantes à la paire rythmique qui avance de front.

Denis Fournier partage sa vie entre la France et les Etats-Unis et sa collaboration avec les meilleurs représentants de ces deux entités géographiques - de Philippe Deschepper à Tomeka Reid - en fait l’alter-ego idéal du pianiste. Sa frappe est reconnaissable non seulement par son expérience mais aussi par l’adjonction de matériaux élaborés étendus à son instrument. Il est loin le temps du « Réveil du Créole », son premier album qui nous révélait déjà un batteur intéressé aux multiples facettes de la musique improvisée. Les réponses qu’il retransmet à ses partenaires offrent un prolongement naturel avec les résonances obtenues au-delà des frontières périphériques troublantes apportées par Denman Maroney ainsi qu’avec la propulsion activée par Scott Walton. La contrebasse étaie quelquefois le langage à trois lorsqu’il s’étend avec rapidité, assurant un soutien dans le cheminement musical sans cesse renouvelé mais avec une transformation vitale permettant d’éviter tout acte ordinaire.

Les tensions ne se mesurent pas avec une prévisibilité trop évidente, l’atonalité n’est pas seule maîtresse. On découvre également des fluidités qui offrent des formes tonales d’une beauté renversante. Par instants, des traits monkiens traversent l’énergie cinétique du trio alors que la construction collective s’achemine vers des interactions rythmiques.

Rendons un hommage sincère à Michel Dorbon qui, comme à son habitude, se charge de la production de cet album tout en écrivant des notes historiquement importantes : il est le quatrième membre indispensable au trio. L’esthétique reconnaissable entre mille, due à Max Schoendorff pour la conception de la pochette et à David Bourguignon qui se charge de sa réalisation, font de ROGUEART un label de tout premier ordre. Belle photographie en prime de Romain Escuriola.

O Kosmos Meta nous offre l’universalisme, cette musique improvisée est dionysiaque et après quelques écoutes répétées ce sont alors des compositions concrètes et épatantes qui s’imposent. Grand Art.