Chronique

Ed Motta

Perpetual Gateways

Ed Motta (voc), Patrice Rushen (p), Greg Phillinganes (synth), Hubert Laws (fl), Marvin « Smitty » Smith (dm), Cecil McBee Jr. (b), Tony Dumas (b), Charles Owens (saxes), Rickey Woodward (saxes), Curtis Taylor (tp)

Label / Distribution : Membran/Must Have Jazz

Drôle d’objet phonographique que ce disque issu des neurones musicaux d’Ed Motta, producteur, arrangeur et musicien brésilien baignant dans les musiques afro-américaines venues du Nord du continent plutôt que de son pays lusophone. Certes, des influences latines peuvent être repérées au détour de tel placement de cuivres ou de rythmes un tantinet bossa-nova, mais c’est la soul qui domine chez cet insatiable collectionneur de vinyles.

De fait, la voix de ce multi-instrumentiste suinte la sensualité et le preaching et les premières plages de l’album baignent dans un univers groovissime, forgé pour les dance-floors. Sans dédaigner quelques jolis soli des instrumentistes convoqués (Curtis Taylor à la trompette, Charles Owens et Rickey Woodard aux saxophones - ce dernier ayant accompagné notamment Ray Charles), appuyés par une rythmique d’enfer (Cecil McBee junior à la basse électrique).

Curieusement, et pour le plus grand bonheur du jazzfan, Perpetual Gateways connaît une césure l’amenant vers un swing des plus jouissifs grâce à une superbe ballade (« Forgotten Nickname") sur laquelle le solo de flûte de Hubert Laws fait planer l’ombre des maîtres avec qui il joua (de Chet Baker à Quincy Jones). Les dernières plages de ce disque offrent alors un jazz romantique, dans un écrin acoustique velouté par la contrebasse suave de Tony Dumas, avec force voicings de cuivres. Cela entraîne l’auditeur dans un tourbillon de sensations bleutées qui, par la grâce du chant habité de Ed Motta, pourrait en remontrer à Gregory Porter !