Chronique

Fidel Fourneyron

High Fidelity

Fidel Fourneyron (tb)

Label / Distribution : Umlaut/Orkhêstra

Mais quelle idée ! Un plein CD de pièces pour trombone solo !!
Avec ça, imaginez un peu les commentateurs !!! Oui… alors Fidel Fourneyron… qu’on connaît bien pour sa participation à l’ONJ et aux formations de Marc Ducret, pour sa contribution à l’Umlaut Big Band, pour sa présence dans l’indiscutable trio Un Poco Loco… demandé partout où l’on a besoin d’un tromboniste irréfutable… la perle de sa génération… et puis bien sûr pas un mot sur High Fidelity, évidemment, que voulez-vous dire d’une série d’exercices pour trombone solo !!! Qu’il se prend pour Chopin ou Liszt ?

Quand même ! Au moins dire que cet exercice n’en est pas un, mais un acte d’amour. Et oui, d’amour pour un instrument, le sien, celui qu’il a choisi ou qui l’a choisi, cette chose à coulisse toujours en train de toucher les fesses de celui qui est devant vous, qu’on entend dans les orchestres faire des glissandos à tomber par terre quand la trompette et la clarinette se régalent à se croiser… Instrument qui aura vu et entendu aux deux extrêmes les sons filés de Tommy Dorsey façon « Song Of India » et la folie furieuse du bop speedé avec l’inquiétant Frank Rosolino ! Mérite bien quand même qu’on lui réserve des petites gâteries…

Car, pour le dire enfin, ce disque est au trombone ce que le Kama-Sutra est à l’amour : la déclinaison des positions propres à vous assurer la jouissance, la vôtre et celle de l’Autre. Question d’embouchure, de coulisse, quand ce n’est pas de sourdine ! En ces domaines, Il s’agit seulement de savoir inventer : l’amour est moins une question de technique que d’imagination, de raffinement, de délicatesse. Une petite titillation par-ci, un jet de salive par-là, un long tenu, une passe rapide, et pour finir… Mais qui a dit qu’il fallait finir ? Allez, on reprend ! Et c’est reparti ! Un vrai bonheur vous dis-je. Et pas seulement pour les spécialistes !! À ce jeu, tout le monde est invité à la fête. Mais fidélité oblige, car on ne confie pas son instrument à n’importe qui ! D’où le titre du disque, évidemment.