François Jeanneau - Emil Spányi
The Straight Horn
François Jeanneau (ss, lyricon emulator), Emil Spányi (p, Rhodes, synth)
Label / Distribution : Parallel Records
Ils planent en apesanteur et observent ce monde qui se désagrège au-dessous d’eux. La musique qu’ils nous donnent à entendre est bien trop pure pour des oreilles habituées au tumulte ambiant. François Jeanneau et Emil Spányi n’ont plus rien à prouver si ce n’est leur envie insatiable de nous transporter dans leur dernière création qui échappe aux modes.
Ce sont deux jeunes hommes qui nous invitent à entendre leur conversation prolifique. François Jeanneau aurait donc bientôt quatre-vingt-onze ans ? Il semblerait plutôt qu’il s’avance vers une seconde fleur de l’âge, tant le timbre qu’il obtient au saxophone soprano est limpide. Chaque note soupesée suspend le temps. « Come Sunday » ouvre l’album avec un climat impressionniste idyllique. Emil Spányi fait résonner les sonorités de ses claviers électriques dans les circonvolutions de « A Flower Is a Lovesome Thing » et renouvelle la trame harmonique de la composition par son imagination féconde. Formé avec des maîtres aujourd’hui disparus comme Ray Brown, Ed Thigpen ou Bob Berg, il sait que le silence fait partie intégrante de la musique.
Tant au saxophone qu’au piano, l’attaque des notes ancre les compositions dans un enchantement permanent. « Lush Life » et « Rain Check » se parent de nuances convaincantes et de pulsations qui varient d’intensité. La mutation des standards est bâtie avec une architecture novatrice sans que les fondations originelles n’en soient diluées. L’ingéniosité avec laquelle le duo distille délicatement des coloris inédits dans « Lotus Blossom » fascine, et il serait intéressant de faire entendre cette version à un mélomane qui ne connaît pas le morceau original pour juger de son avis quant à cet avant-gardisme étonnant.
Traversé par des séquences émotionnelles, cet album ne doit rien au hasard. The Straight Horn résulte d’une amitié sincère entre deux immenses artistes qui se remettent constamment en question. Improviser en mêlant la douceur et l’assurance est une combinaison difficile à atteindre dans le jazz, François Jeanneau et Emil Spányi y parviennent avec une clarté éblouissante.

