Il fait toujours bon retourner sur les rives du fleuve intranquille cher à Jean-Jacques Birgé lorsqu’il nous invite à faire un Pique-nique au labo. C’est le quatrième du nom, et il est toujours aussi riche de surprises. Fondé sur un axiome simple et inchangé : « Il s’agit de jouer pour se rencontrer et non le contraire comme il est d’usage », on découvre les différentes pérégrinations du multi-instrumentiste auprès des figures de la musique improvisée européenne. Certaines sont coutumières des pique-niques, comme Antonin-Tri Hoang ou Fanny Météier, d’autres découvrent l’univers de Birgé presque naturellement, comme Catherine Delaunay (remarquable trio avec Roberto Negro sur « Des Fourchettes ») ou Matthieu Donarier.
Ce qui est intéressant dans ce nouveau pique-nique, c’est la forte présence de la seconde génération des « affranchis », pour reprendre la terminologie birgéenne [1]. Essentiellement féminine, très aventureuse et particulièrement douée, de Fanny Météier à Léa Ciechelski en passant par Hélène Duret, elles sont la couleur de cette nouvelle collection. Si on reste particulièrement sensible à la grande complicité avec Hoang et Mathias Levy sur « Yemen », c’est « Codex », avec le duo Météore qui attire l’attention, notamment grâce au travail de la tubiste. Un morceau foutraque et joyeux, dans le pur esprit de ces rencontres où le goût des images et les multiples déviations rendent compte de l’esprit ludique de ces rencontres.
On appréciera également le long « Célèbre ton erreur comme une intention cachée » avec le violoncelle de Bruno Ducret et la basse d’Olivia Scemama. Tiré de l’album Fŭtur, disponible sur le site de Jean-Jacques Birgé, c’est un peu de noirceur qui s’invite dans ces pique-niques, avec de multiples chemins de traverse dans des forêts primaires. Plus que jamais, ces disques de rencontres nous démontrent la vigueur de la scène improvisée et sa capacité à sans cesse se renouveler et proposer de nouveaux terrains d’expérimentation.

