Joëlle Léandre et les poètes.

Steve Dalachinsky nous a quittés. Il allait avoir 73 ans. Il a joué avec les plus grands. Sur son lit de mort, avec sa femme Yuko, il écoutait Jackie McLean, Monk, Coltrane, Taylor. Comme dirait Noël Akchoté, il est jazz.

Joëlle Léandre

J’ai toujours joué, fait de la musique, avec des poètes.

Déjà fin des années 70, au Centre Americain, il y avait le free jazz, le sound poetry, et je rencontrai tous ces poètes et le festival de Jean-Jacques Lebel, Polyphonix.

J’y étais à chaque édition… J’aimais ça, j’ai toujours aimé ça, et je continue, sûrement, mon amour pour la littérature et la poésie…

Des Bernard Heidsick, Nanni Balestrini, Julien Blaine, Joël Hubaut, John Giorno et tant d’autres… Et on filait sur les routes et festivals… d’autres gigs, quoi… Je ne me souviens plus comment j’ai rencontré Steve. On a beaucoup joué ensemble, ici et là… Chez Michel Dorbon, RogueArt… Galeries dans Paris aussi.

Un album est sorti chez Dark Tree, plus tard on rejouait ensemble, et je lui remettais sa Médaille des Arts et des Lettres… ayant reçu moi-même cette petite plaquette d’acier, j’étais dans la passation, obligée de pouvoir médailler Steve qui n’était pas peu fier, ce cher Steve !

Et puis, j’ai toujours vu Steve à New York…

Comment même penser New York sans Steve maintenant… surtout pour Vision Festival, mais aussi à Bleeker, le club, fermé depuis peu, dans des lofts… Steve était là avec ses amis musiciens, il était toujours là… à parler… à nous dire… à nous raconter des histoires, avec des poèmes, ses poèmes, ses papiers parfois en total désordre, il sautait de l’un à l’autre, passait une feuille qui glissait, sacré Steve ! Et sa diction unique, rythmique, intense, belle. Ses textes sont des bouts de sons, des bouts de chair, de la vie, là… Tout de suite, cette urgence d’être…

On organisait tout… Et tout était improvisé, il aimait tellement la musique, les musiciens, les instrumentistes, tout proches de lui.

Steve était un musicien, je le pense !

Salut grand poète, dérangeur, provocateur, tu vas manquer… On t’aime…
Immensément !
Une pensée forte à Yuko, sa femme, grande poétesse aussi !

P.-S. :

Cet hommage a également été publié dans la revue Les Allumes du Jazz numéro 38

par // Publié le 18 octobre 2019