C’est un véritable cadeau que nous fait le label CamJazz avec la parution de The Bauer Session, enregistrement en solo du pianiste anglais John Taylor, acteur important du free jazz dans les années 70, qui disait ne pas vouloir limiter ses horizons à un seul courant musical. Partenaire de John Surman ou de Kenny Wheeler et figure importante du label ECM, en particulier dans le cadre de son trio Azimuth (avec ce même Kenny Wheeler et Norma Winstone), on a pu aussi l’écouter en trio, avec Peter Erskine et Palle Danielsson ou avec Marc Johnson et Joey Baron. Chez CamJazz, on pourra retenir entre autres What Now ? enregistré en quartet avec Chris Potter, Dave Holland et le fidèle Wheeler.
Oui, The Bauer Session est un cadeau, de surcroît particulièrement émouvant : en ce mois de septembre 2014, nul ne pouvait imaginer que ce musicien à la carte de visite multiple allait – au sens propre comme au sens figuré – quitter brutalement la scène moins d’un an plus tard, terrassé par une crise cardiaque alors qu’il se produisait au sein du quartet Nouvelle Vague de Stéphane Kerecki. Le pianiste et le contrebassiste avaient déjà fait merveille quelques années plus tôt, produisant un disque tout en beauté nocturne, Patience.
The Bauer Session n’est pas la première incursion de John Taylor du côté de l’exercice solitaire : il avait par exemple publié Insight en 2003 sur le label Sketch. Mais il offre un témoignage supplémentaire, malheureusement ultime, de la sensibilité d’un musicien qui avait été éveillé au jazz par Bill Evans et qui nous disait voici vingt ans, à la faveur d’un entretien, que « le fait de jouer seul incite par définition à utiliser toute l’expérience qu’on a pu accumuler en tant que musicien ». C’est donc toute une histoire personnelle qui défile ici, discrète et intense à la fois, à la façon d’un panoramique intime, celui d’une vie portée par un chant intérieur qui sait toucher au plus près du cœur (« Fifteen », « Deer On The Moon » en sont deux parfaites illustrations). Il n’y a dans ce disque aucune démonstration, aucun morceau de bravoure, juste une parole libre et amoureuse parcourant une carte du tendre imprégnée de mélodie. Une dernière aventure partagée.

