Chronique

Khan Jamal

Give The Vibes Some

Khan Jamal (vib, marimba), Clint Jackson III (tp), Hassan Rashid (d)

Label / Distribution : Souffle Continu

Lionel Hampton, Milt Jackson, Bobby Hutcherson, Walt Dickerson, Gary Burton, Steve Nelson. Faut-il que la dernière syllabe du nom de famille des grands vibraphonistes de jazz se termine par « on » pour être plébiscité ? Dans le cas de Khan Jamal, sa virtuosité conjuguée à ses recherches expérimentales ne l’ont que rarement installé en haut de l’affiche ; et c’est fort regrettable.

Jef Gilson qui, en dépit de la terminaison de son nom, ne fut pas vibraphoniste mais pianiste et chef d’orchestre talentueux, fonda le label Palm en 1973, année de cet enregistrement savoureux, Give The Vibes Some. Khan Jamal s’entoure de deux musiciens. D’abord le trompettiste texan Clint Jackson III qui intervient uniquement sur « Clint ». Cette incantation est transfigurée par le souffle de la trompette qui contraste avec les effleurements des lames de bois du marimba. Le second instrumentiste n’est pas inconnu en France, et pour cause puisqu’il s’agit de Christian Vander qui, pour des raisons contractuelles, apparaît sous le pseudonyme d’Hassan Rashid. Les deux titres où il se confronte à Khan Jamal sont animés par une succession d’ambiances chamarrées. L’interpénétration instrumentale délivre un suspense intense dans « 35.000 Feet Up », où la vélocité du vibraphoniste et les brisures de tempo du batteur se répondent avec fougue. Enclin à faire se succéder des explorations soniques, « Pure Energy » s’engouffre dans des relances étourdissantes, le rythme syncopé de la charleston uni au martèlement des fûts et du foisonnement des cymbales communique une grande allégresse.

« Give The Vibes Some », exécuté en solitaire, referme l’album et révèle une autre facette du tempérament aventureux de Khan Jamal. Présent dans plusieurs formations de l’avant-garde américaine de l’époque, de Ted Daniel à Sunny Murray en passant par Odean Pope, ce vibraphoniste mérite aujourd’hui d’être reconnu à sa juste valeur. Autre particularité de ce témoignage historique, la superbe photo qui orne la pochette du disque est signée de Jean-Jacques Pussiau qui, par la suite, créera le fameux label Owl Records.

par Mario Borroni // Publié le 11 janvier 2026
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