Chronique

Simone Prattico

Oriundo

Klaus Mueller (p, Rhodes), Edward Perez (b), Essiet Okon Essiet (b), Gregor Huebner (vln), Carrie Frey (alto), Rubin Khodeli (cello), Simone Prattico (d, perc)

Label / Distribution : Zamora label

Oriundo, cette parole résonne chez beaucoup d’immigré·es d’origine italienne vivant hors d’Italie comme une expression déstabilisante. La nostalgie de la terre familiale n’efface pas l’incompréhension vécue lors d’un retour au pays, il faut se rendre à l’évidence, on demeure un étranger y compris dans son pays d’origine. Né à Rome en 1970, Simone Prattico vit depuis plus de vingt-cinq ans à Paris où il a étudié à l’École de Batterie Emmanuel Boursault et avec Jean-Paul Ceccarelli au Conservatoire National Supérieur de Musique de Nice. Cet album thématique lui tient à cœur.

Aucune forme de mélancolie ne se ressent lors de l’écoute du disque inspiré par des ambiances méditerranéennes. La polyrythmie foisonnante du batteur que l’on sent influencé par les maîtres afro-américains des années soixante se manifeste avec son cheminement en solitaire dans « Village Debate » et « Quartieri Spagnoli » où il installe un climat fastueux. Figure de proue de l’album, le pianiste Klaus Mueller captive par l’aisance avec laquelle il se joue des pièges harmoniques. Lui aussi n’a cessé de voyager depuis l’enfance, depuis son apprentissage du piano au Japon à l’âge de six ans ainsi qu’avec ses nombreuses pérégrinations en Amérique Latine et à New-York où il s’est produit sur les scènes locales. Co-auteur avec Simone Prattico de sept compositions du disque, son expérience d’arrangeur réputé pour avoir créé des versions orchestrales de l’album Gershwin’s World d’Herbie Hancock se répercute dans l’écriture élaborée d’Oriundo. L’emploi du piano Rhodes dans l’entrainant « Tanger » et la délicatesse du toucher pianistique qui irradie la mélodie « Hélène » intensifient les contrastes musicaux.

De par leur conception originale « Bay Ridge » et « Push and Pull » dévoilent une autre facette de Simone Prattico ici plus enclin à explorer un volet contemporain avec l’apport d’un trio de cordes. La toile de fond musicale y gagne en expressivité et le charme qui se dégage de ces pièces accentue les couleurs de ces compositions. Ce projet qui s’affranchit des barrières stylistiques bénéficie désormais de l’arrivée du génial trompettiste Hermon Mehari.

par Mario Borroni // Publié le 8 novembre 2025
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