Scènes

L’Echarpe d’Iris au Trianon

Le 10 décembre Edouard Ferlet présentait pour la première fois en public son album L’Echarpe d’Iris.


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Photo H. Collon/Vues sur Scènes

Le 10 décembre 2007, Edouard Ferlet présentait pour la première fois en public, dans l’agréable théâtre du Trianon, à Paris, son album L’Echarpe d’Iris [1]. De cet album primesautier, polychrome comme son nom l’indique, Ferlet et ses trois compagnons nous ont présenté une version fidèle et vivante. Fidèle, car le concert reprenait l’essentiel des morceaux du CD et en respectait l’alpha et l’oméga : le premier morceau, « Par-dessus tout », et le « bonus » caché en fin de concert comme il l’était en fin de disque : l’enregistrement de « Petite fille » chanté par la propre petite famille du compositeur. Vivante, parce qu’entre ces points de repère (ou d’heureux père ?), Ferlet s’est laissé, et a laissé à ses complices, la liberté de divaguer sur des vents plus brûlants .


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Photo H. Collon/Vues sur Scènes

Ainsi d’un chaud « Simoun » en 7/4, encore inédit à notre connaissance, ouvrant la voie au long et magistral solo de Xavier Desandre-Navarre, tout en boucles programmées sur l’instant, alliant batterie, beatbox, flûte de Pan, guimbarde, chant et… on ne sait plus ! Ainsi d’une « Solution océanique » bien plus tempétueuse que sur l’album : gros temps ce soir-là sur l’Atlantique, et la batterie prenait de la gîte du côté du rock !


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Photo H. Collon/Vues sur Scènes

A travers tout cela, la marque de fabrique d’Edouard Ferlet : compositions et instrumentations aériennes, mélodies évocatrices, mutines, qui « sonnent » familièrement, avec une remarquable distribution des rôles entre une main gauche très présente, très riche et ne craignant pas le groove, et une droite respondable des couleurs, nuances et irisations. Alain Grange et Simon Spang-Hanssen entretiennent avec elles un dialogue permanent : le son âpre du premier, au violoncelle, contredit et équilibre celui, plus rond, du piano qu’il retient parfois au bord de la joliesse ; la variété des sons des saxophones et flûtes du second et leur utilisation en superstructures sont pour beaucoup dans le côté kaléidoscopique de l’ensemble. Ensemble qui a emporté l’adhésion de l’auditoire ; chose d’autant plus précieuse qu’il y avait dans la salle beaucoup de novices en matière de jazz européen, voire de jazz tout court.


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Photo H. Collon/Vues sur Scènes

On nous permettra toutefois un bémol sur l’exposition/projection qui accompagnait le concert. L’iris étant le modèle naturel du diaphragme photographique, le concert s’accompagnait d’un diaporama de Guillaume Plisson projeté sur un écran au-dessus de la scène. Des photos de paysages marins pour la plupart, travaillées en couleurs claires.
Cette surimpression de représentations nous a paru « fermer » une partie des images mentales ouvertes par la musique. Inversement, la richesse de ce qui se produisait sur scène nuisait certainement à l’attention portée aux images. Peut-être aurait-il fallu en choisir moins, et les faire défiler moins vite pour laisser du temps à l’imagination ?

par Diane Gastellu // Publié le 25 février 2008

[1paru en 2007 sous le label Mélisse, dont il est le fondateur.