Chronique

Pedra Contida

Amethyst

Angélica V. Salvi (harp), Miguel Carvalhais (computer), Nuno Torres (as), Marcelo dos Reis (elg), João Pais Filipe (dm, perc)

Label / Distribution : FMR Records

Marcelo dos Reis est un boulimique. De musique, s’entend. De travail aussi. Il multiplie les collaborations, enchaîne les projets tous azimuts avec gourmandise et insouciance. Pour ce chercheur compulsif, la plus belle des musiques est celle à venir, celle que l’on n’a pas encore jouée, celle que l’on n’a même pas encore osé imaginer. Rien que pour cette année, il a déjà sorti quatre albums [i], tous plus passionnants les uns que les autres. On en a le tournis. Amethyst est donc le cinquième projet de l’année pour le guitariste. Il le mène avec son groupe « électrique », Pedra Contida, qu’il a formé en 2012 en compagnie notamment de la harpiste Angélica V. Salvi, avec qui il avait gravé, en duo, le magnifique Concentric Rinds.

Enregistrée en concert dans son fief de Coimbra, la musique s’invente sur l’instant et s’installe de manière très progressive dans de longs développements. Sur « Scree », la harpe débute par des arpèges répétitifs, suivie de près par la guitare électrique sourde de Dos Reis. Le saxophone enroué de Nuno Torres les rejoint pour de longues notes tenues. Les sons ourdis par les machines de Miguel Carvalhais concourent à rendre le climat angoissant. Les sonorités très métalliques des différentes cymbales et autres gongs de João Pais Filipe soulignent le tout de manière épurée.
« Chalk » est plus dans une esthétique free : le saxophone étranglé et rageur de Torres fait mouche. La pulsation endiablée (marquée à la fois par Salvi et Dos Reis et souligné constamment par les jeux de rythmes de Filipe) installe une tension qui ne retombera qu’à la toute fin du morceau, portée par la harpe cristalline de Salvi.
Retour au calme avec « Agate » (qui fonctionne un peu comme une respiration au milieu du concert), longue divagation climatique où les musiciens n’interviennent que très peu, sculptant le silence avec presque rien. Quant à « Obsidian », c’est un morceau un rien bancal dans lequel Torres construit un beau solo, soutenu par les borborygmes des quatre autres.

L’album se clôt en douceur sur le bruitiste « Touchstone », fruit d’une grande cohésion d’ensemble, qui nous rappelle que Pedra Contida est avant tout un groupe de chercheurs dont le postulat théorique serait peut-être : il n’y a pas d’autre manière d’avancer qu’ensemble.

par Julien Aunos // Publié le 26 novembre 2017

[iColors, le premier album du STAUB Quartet, fabuleux quatuor à cordes réunissant Carlos Zingaro, Miguel Mira et Hernani Faustino ; City of Light, deuxième disque du all-star franco-portugais Chamber 4 ; Timeless, duo stratosphérique avec Eve Risser ; Cascas, solo sidéral, sorti sur son label maison, Cipsela.