Chronique

Richard Raux

The Interval

Richard Raux (ts), Olivier Hutman (p), Wayne Dockery (b, voc), Charles « Lolo » Bellonzi (d).

Label / Distribution : Elabeth

Si le jazz est mort, n’ayons pas d’arrière-pensées : bouffons joyeusement son cadavre, comme le font ici le saxophoniste Richard Raux et ses compagnons, Olivier Hutman, Wayne Dockery et Charles « Lolo » Bellonzi.

Richard Raux, bien que scandaleusement absent du « Dictionnaire du Jazz », s’est fait un solide métier au cours des trente dernières années, allant de Magma à Sunny Murray en passant par Mal Waldron et ses propres projets. Avec un son musclé, plus terrien qu’aérien et un appétit certain pour arpenter ardemment les grilles, c’est un instrumentiste solide et franc. Il connaît toutes les ficelles du jazz de la grande tradition swinguante et démontre d’un bout à l’autre de « The Interval » son affinité pour le blues, à la fois dans des morceaux blues proprement dits comme « Bo Blues » ou « Blues for Bags » et, ailleurs, dans sa façon de tourner une ligne improvisée et son sens développé du swing.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne maîtrise pas les harmonies plus ardues que le blues. Derrière « Train D.W. » on devine les pas géants de John Coltrane. « Concept Ville » et « Sérail Seriel » sont tous les deux directement inspirés de Monk. « Witchi-Tai-To », anthème jazz-baba du défunt jazzman amérindien Jim Pepper, apparaît dans une belle version avec le chant de Wayne Dockery comme cerise sur le gâteau. Trois standards sont là pour le pur plaisir, et on aurait tort de s’en priver : « This Was Almost Mine, » de Richard Rodgers, « I Cover the Waterfront », et « The Song Is You ».

Hutman, Dockery et Bellonzi font plus que de l’accompagnement, négociant des arrangements qui éveillent toujours l’intérêt. Ecoutez par exemple Hutman sur « Train D.W. » quand il prend son solo en contre-courant rythmique de ses partenaires, le malin - il évoque un passager qui marche vers l’arrière alors que le train fonce vers l’avant ! Et le solo de Dockery sur « Blues for Bags » et l’assise sans faille de Bellonzi... « The Interval » est tout simplement excellent - du beau travail et du jeu passionné.