Membre, notamment, de la formation nantaise No Tongues et du Fixin de Sylvain Darrifourcq, Ronan Courty se place dans une approche concrète de la contrebasse. Le solo qu’il propose aujourd’hui explore ainsi sur deux longues pistes de plus d’un quart d’heure chacune les potentialités vibratoires de l’instrument et par une adjonction discrète de machine, permet de mettre en mouvement une puissance tellurique qui emplit l’espace sonore.
A partir d’une même note indéfiniment répétée jusqu’à l’hypnose, Courty met en résonance l’ensemble de la colonne sonore et ouvre la voie à une exploration de sa densité physique. Passé la première approche qui se focalise sur l’itération de la fondamentale, l’oreille se laisse happer, divague et recense peu à peu l’intégralité des sonorités produites. Une richesse d’harmoniques est alors dévoilée qui gagne en ampleur et dessine comme un halo autour du son premier.
Quelques variations infimes, et qui ne brisent pas le continuum, maintiennent ensuite vive l’attention et offrent de nouvelles couleurs à un édifice qui, aussi frugal soit-il, n’en offre pas moins un développement saisissant. Notable par l’engagement du musicien pour tenir sur la durée une telle intensité comme fascinant par sa manière d’atteindre une partie viscérale de la musique, Synesthesia s’apparente à une incantation ancestrale qui touche à des secrets dont on ne connaît rien mais dont la part de mystère touche à la transcendance.

