Tribune

Les Lauréats Jazz Migration #4 sont annoncés !


Au terme d’une sélection qui aura pris trois mois entre la clôture des candidatures et la désignation par un collège de salles partenaires, l’association Jazzé-Croisé (AJC) a annoncé ce matin la liste des quatre formations qui auront la joie de participer à l’édition 2019 de Jazz Migrations. Ouvert à nombreux courants esthétiques, la sélection qui s’est effectué permet de contempler une photographie fidèle du jeune jazz hexagonal [1]. A l’honneur de ce Jazz Migration #4, Three Days of Forest, House of Echo, Mélusine et No Tongues.

Il étaient quinze groupes annoncés à la mi-janvier sur près de 70 candidats. Un peu de réjouissance d’abord pour votre magazine  : sur ces « finalistes  », quatre ont déjà fait l’objet de chroniques, et 47 musiciens sur 52 ont été cités dans des articles. En ce qui concerne les quatre lauréats, ce sont même douze des quinze musiciens qui ont déjà été mentionnés. Une fois ces auto-congratulations passées, place à la présentation des orchestres

- Three Days of Forest

Angela Flahaut (voc), Séverine Morfin (vla), Florian Satche (dms)

Angela Flahaut, La chanteuse du Grand Orchestre du Tricot rencontre l’altiste Séverine Morfin et Florian Satche, le batteur de Marcel et Solange autour de textes de figures féminines de la littérature africaine-américaine contestataire. Dans une atmosphère poétique, renforcée par la voix translucide de Flahaut, il y a parfois un sentiment très théâtral dont le violon alto serait un metteur en scène indéfinissable et halluciné. Le trio parrainé par l’Atelier du Plateau où Séverine Morfin a été en résidence s’approche parfois d’une coloration pop sans tomber dans le clinquant et la facilité, ce qui n’est guère surprenant pour des musiciens comme Morfin et Satche qui font partie du tentet Can You Hear Me ? de Joëlle Léandre.




- House of Echo

Enzo Carniel (p), Marc-Antoine Perrio (g), Simon Talleu (b), Ariel Tessier (dms)

Le récent disque Echoïdes a fait l’objet ici d’un article en janvier. Enzo Carniel est un jeune pianiste dont on parle depuis un certain nombre d’année, et son quartet House of Echo à la patine des groupes chevronnés. Son entente avec le guitariste Marc-Antoine Perrio, aficionado des ambiances caniculaires, quelque chose de presque naturel pour ces sudistes soutenu par le Cri du Port à Marseille, va pouvoir bénéficier avec l’accompagnement du dispositif Jazz Migrations d’une exposition plus grande. L’occasion de découvrir un jazz organique et rocailleux.




- Mélusine

Anthony Caillet (eu), Christophe Girard (acc), William Rollin (g), Simon Tailleu (b), Stanislas Delannoy (dms)

Une musique très structurée et néanmoins irrévérencieuse construite autour de l’euphonium d’Anthony Caillet et l’accordéon de Christophe Girard qui laisse songer que Mélusine n’est pas la seule bonne fée qui s’est penchée sur le berceau. De belles tourneries, un instrumentarium original et très riches en timbres, mais aussi des ruptures qui font occasionnellement penser que William Rollin et Simon Talleu doivent beaucoup à Zappa ou à Zorn… Voici un groupe mature et très ouvert soutenu par L’Arrosoir à Chalons sur Saône qui plaira à un large public sans pour autant faire de concessions.




- No Tongues

Matthieu Prual (saxes, bcl), Ronan Courty (b, objets), Ronan Prual (b), Alan Regardin (tp, objets)

No Tongues est certainement l’un des projets les plus ambitieux de ces derniers temps. Les quatre nantais parrainés par Jazzèbre à Perpignan ont entrepris de ressusciter les Voix du Monde, ce disque paru au Chant du Monde. Oeuvre commune à de nombreuses discothèques exigeantes, il célébrait les captations des ethnomusicologues à travers le monde, mais sans voix autres que celle, lointaine des enregistrements. Deux contrebasses, dont celle imprévisible et percluse d’objets de Ronan Courty, alimentent le temps qui passe dans une atmosphère parfois chamanique, encadré par la rythmique plus classique de Ronan Prual. De chaque côté les anches de Matthieu Prual ont la fonction du cri pendant que la trompette d’Alan Regardin cherche plutôt une lumière hypnotique. Caché derrière des masques tribaux aux vertus magiques, les quatre musiciens abandonnent toute idée de folklore imaginaire pour des voyages miniatures et pourtant remplis d’aventures…

par Franpi Barriaux // Publié le 19 mars 2018
P.-S. :

[1Il faut que l’âge moyen du groupe ne dépasse pas 35 ans pour pouvoir postuler.