Chronique

Spiral Quartet

Kaléidoscope

Philippe Poussard : saxophone soprano, compositions. Bruno Angelini : piano. Christian Lété : batterie. François-Charles Delacoudre : contrebasse.

Label / Distribution : Konnex Records

Comment faire la chronique d’un album comme Kaléidoscope ? Plusieurs options se présentent…
Le « j’aime/j’aime pas » : un peu court, jeune homme.
L’analyse descriptive de cette suite mi-écrite, mi-improvisée en six mouvements et quatre transitions, suivie d’un morceau isolé, « Jeux parallèles » ? Le compositeur lui-même s’en est chargé, dans un livret malheureusement rédigé en anglais de cuisine.
L’inventaire raisonné des références et influences ? Prévoyez plusieurs tomes : notre homme saute de Gershwin à Ligeti en esquissant quelques entrechats du côté de Schönberg, de Herbie Hancock, du jazz « classique » ou de la musique turque, pour ne citer que ceux-là.
Dès que vous croyez tenir un angle de vue, il vous échappe. Kaléidoscope, vous dit-on.

Reste à tenter de saisir quelques particules au vol. Noter que tout saxophoniste qu’il soit, Philippe Poussard laisse une large place au piano qu’il confie à Bruno Angelini, maître ès l’art de l’esquive harmonique, élégiaque ou percutant au gré des mouvements de la suite, structurant ses improvisations en récits organisés. Souligner la présence du batteur Christian Lété, associant groove et recherche de couleurs. Remarquer le grain sonore de la contrebasse de François Charles Delacoudre, sa façon d’animer les espaces. Apprécier la part que laisse ce quartet au silence : suspension, interrogation, attente.

Ecriture et improvisation cohabitent constamment et semblent parfois simultanées, à différents niveaux d’une même séquence musicale. Les six mouvements de la suite en appellent à des univers dissemblables : impressionnisme ou énergie presque funk, abstraction géométrique ou tendre ballade, mais cette dissemblance même donne son identité à la suite. La plupart des morceaux sont construits autour d’un point de départ élémentaire : une note (le Si bémol) sur « Aube », trois sur « Triade »..., mais font intervenir une recherche formelle très poussée (effets de « miroir », emprunts au sériel) sans jamais rendre la musique obscure : écoutez deux ou trois fois « Reflets » ou « Hexacorde » et vous verrez : vous allez vous surprendre à siffler ou chanter le thème... ou du moins, vous essaierez. Parce que tout de même, ce n’est pas si facile.