Chronique

Stabat Akish

Stabat Akish

Ferdinand Doumerc (bs, ts, as, fl), Marc Maffiolo (bsax, ts), Guillaume Amiel (vib, mar), Rémi Leclerc (cla), Stéphane Gratteau (dm), Maxime Delporte (b)

Label / Distribution : Tzadik/Orkhêstra

Ce qui est plaisant à la première écoute de ce ce sextet toulousain, c’est cette sensation d’assimilations infinies d’ambiances musicales, de genres et d’ascendances sans que pour autant on puisse le ranger dans une case bien définie. Ouverture, tensions électriques et groove imparable, John Zorn a encore eu une riche inspiration en signant sur son label Tzadik Stabat Akish, un groupe qui lui ressemble un peu : virulent et efficace, à la fois novateur et très respectueux d’un passé musical qu’il a consommé en gourmand : jazz évidemment, mais aussi rock, musiques contemporaines… Le groupe possède une puissance de feu rythmique ahurissante autour de laquelle se construit une mélodie urbaine faite de phrases courtes et de cassures permettant - dans un chaos tout à fait travaillé - d’irradier le propos d’autres influences, servi en cela par des musiciens tirant tous dans le même sens, pour tendre si possible vers un groove chauffé à blanc.

Evidemment, on pense à Zappa, mais le raccourci est un peu facile ; en ce moment, dès qu’un groupe un tant soit peu électrique (et Stabat Akish, sans guitare mais avec Rémi Leclerc aux claviers, peut être rangé dans cette catégorie), se pique de mélanger de multiples influences avec humour et érudition, c’est le moustachu de Baltimore qui est convoqué. Mais de grandes figures du jazz (Mingus, Steve Coleman, Zawinul…) ou venues d’autres horizons (Morricone, Tony Allen, Schiffrin…) sont aussi à la racine de ce projet, où la fusion n’est pas ni vain mot ni une posture mais une véritable feuille de route vers une musique affranchie des étiquettes.

On pense aussi à La Campagnie des Musiques à Ouïr pour la volonté de groove sans frontières, le goût pour les rythmiques complexes et les déluges d’ostinatos de saxophone basse et baryton, Doumerc [1] et Maffiolo s’y adonnant avec un plaisir évident, soutenu par les envolées de Guillaume Amiel au vibraphone. On pense notamment à l’excellent « Des chips », véritable pivot de l’album.

Maxime Delporte est l’auteur de l’ensemble des compositions, qui sont des petites perles d’efficacité. Concises et virulentes, uppercuts au format chanson, elles sont portées à la pulsation et au jeu collégial ; un millefeuille de personnalités bouillonnantes où les solos ne sont pas une finalité en soi. Delporte lui-même reste d’ailleurs en retrait, même si sa contrebasse chauffe l’ensemble des morceaux et entraîne les autres dans une plaisante surenchère…

par Franpi Barriaux // Publié le 11 mai 2009

[1Qui est par ailleurs l’agitateur de Pulcinella, groupe toulousain apparu l’année dernière chez Yolk.