Portrait

Stéphane Kerecki - Portrait (2001)

Le résident, la contrebasse et l’économiste.


Contrebassiste à la figure d’ange, il fait preuve d’une maturité musicale, acquise au fil des rencontres, et assure la résidence avec régularité.

La première mention de son nom m’est apparue sur le disque du groupe Quintet sous Baobab où il assurait une bonne prestation. Regroupés en collectif, les musiciens se partageaient en plusieurs
groupes. Stéphane Kerecki était à part : « j’étais toujours un peu en retrait, je n’étais pas autant investi qu’eux. Je suis plus vieux, j’ai trente ans, ça joue. Ce sont des musiciens très biens, qui ont un esprit de groupe, dynamique. Mais les choses changent. Chacun fait sa route de son côté.
 »
Parisien, il fait des études d’économie (et les termine !) et de la musique en parallèle. A 22 ans, il commence vraiment la contrebasse et s’inscrit au conservatoire. Il prend des cours avec
David Patrois, Jean Bardy et Olivier Sens.

Au moment de finir ses études, gagnant déjà sa vie comme musicien, il décide de le rester. Il rentre alors au Conservatoire de Paris, pour perfectionner son jeu. « J’ai eu Jean-François
Jenny-Clarke comme professeur, la dernière année de sa vie. Il m’a marqué. Ce fut la rencontre musicale la plus marquante pour moi. Sa façon d’enseigner était très aboutie, très pédagogique. Il nous forçait à travailler et nous engueulait si on ne bossait pas. Mes influences sont Dave Holland, Charlie Haden et surtout Scott LaFaro, que j’idéalise un peu trop, d’ailleurs. Jenny-Clarke me disait qu’il fallait que je m’en détache. Ce n’est jamais possible de l’atteindre. Il faut savoir oublier, sinon
c’est le gouffre dont on ne remonte pas
 ».

Ensuite, il joue dans différents groupes et devient le bassiste permanent du quartet de Steve Potts (sax) avec Richard Portier (batterie) et Michael Felberbaum (guitare).

«  Je connaissais Richard Portier et Michael Felberbaum. J’ai fait un remplacement et je suis resté. Les résidences du mercredi aux 7 lézards sont uniques, c’est le seul endroit à Paris à faire ça. J’y apprends énormément. Avec Steve Potts, tu peux jouer librement. Essayer, chercher, tester, tout est possible. Le fait d’être en résidence, c’est fantastique. Ce qui m’a surpris la première fois, c’est que Steve te pousse dans tes retranchements. Il commence à jouer un morceau sans donner
le titre, en disant : « 
on va voir ce qui se passe ». Des fois, je finissais un solo et lui me disait de continuer et je devais jouer, et trouver des choses à dire, je n’avais pas le choix.
Aujourd’hui on invite parfois des musiciens. On se connaît tellement qu’un invité peut venir, on ne sera pas déstabilisé.
 »

Reste que ce bassiste est à l’aise dans toutes les formations. Même s’il avoue un faible pour les trio piano-basse-batterie, il se partage entre différents groupes :

Le Paris Jazz Big Band, avec Nicolas Folmer (ami du conservatoire), une grande formation où Kerecki se sent à l’aise.

Le quartet de Daniel Humair (batterie) avec Manu Codjia (guitare) et Matthieu Donarier (sax). Jouer avec Humair ? Cela ne le trouble pas : «  J’avais déjà joué une fois avec Humair
auparavant. Ce quartet est une grande expérience. Il peut être un peu paternaliste parfois, mais c’est notre professeur au conservatoire. J’ai même pris des cours de batterie avec lui. Il joue les standards d’une façon ouverte, il te pousse, tu ne sais jamais ce qu’il va se passer.
 »

Et le trio, sa formation préférée :

Le trio du batteur Thomas Grimonprez avec Manu Codjia.
Le trio de Nico Morelli, pianiste italien avec Luc Isenman à la batterie.

Un trio, celui d’Achille Gajo, autre pianiste italien et John Betsch (batteur).

Enfin, le quintet de Barend Middelhoff, saxophoniste hollandais, avec Denis Leloup (trombone), Olivier Ker Ourio (harmonica) et Pier Paolo Pozzi (batterie).

Ce contrebassiste trentenaire n’en a pas fini avec le jazz et ses expériences, classiques ou avant-gardistes le placent parmi les musiciens importants de sa génération. En attendant de
l’entendre en concert, il apparaît sur quelques disques :

  • Quintet sous baobab
  • Trio Grimonprez (hors commerce)
  • Magnetic Band (Gilles Rea, Ludovic de Preissac)
  • Paris Jazz Big Band : A suivre, Cristal Records, 2000.