Chronique

Sviti

Douce Douce Nuit

Romain Bouez (cla, elec, fx), Renaud Vincent (bs), Damien Bernard (dms)

Label / Distribution : Camille Productions

Si l’on entend moins, ces temps-ci, de ces power trios à baryton qui faisaient pourtant florès il y a quelques années, certains n’ont pas lâché l’affaire. C’est le cas des Chambériens de Sviti, qui nous proposent avec Douce Douce Nuit un second album où le batteur Damien Bernard peut faire parler une frappe lourde et pourtant habile qui contrebalance idéalement les errances électroniques de Romain Bouez. C’est le pari du trio dont le nom signifie « sueur » en islandais : confronter un free rock hérissé de métal avec un son électronique parfois acide et souvent vintage sur lequel le saxophone de Renaud Vincent paraît presque sage (« La Marche »). Un élément mélodique en tout cas qui scelle la cohésion de l’orchestre.

On ne sait pas de quoi sont faites les nuits savoyardes, mais il serait sans doute nécessaire de s’hydrater davantage, puisque la douceur n’est que de façade. Certes, des morceaux comme « 23 » semblent se parer d’onirisme et d’un certain flottement, mais, sous la nappe de synthétiseurs, le batteur commence un travail de sape et plonge l’album dans une ambiance qui transforme peu à peu la nostalgie électro en une foire d’empoigne dont le saxophone se tient sagement en retrait. C’est ce qui fait l’originalité de cette proposition, qui tangue entre la poésie psychotrope et les soudains accès de violence, à l’image de « Dolphin » où Vincent surfe sur un calme presque inquiétant avant de sonner l’assaut.

On écoute Douce Douce Nuit comme on s’enferme dans un rêve répétitif dont on ne sait pas s’il est angoissant ou juste bizarre. « Eole » en est sans doute le meilleur exemple, avec ses plages de silence et ses soudaines accélérations. Sviti sait en tout cas comment nous surprendre, et il ne s’agit pas seulement de la plage de silence inaugurale (« L’Oiseau ») où l’on monte le son pour se faire cueillir par un éclat soudain. C’est plutôt cette manière de se rendre insaisissable sans chercher la malice et de n’être pas là où on les attend. Une errance dans de nombreuses sensations qui parlera entre autres aux nostalgiques des expériences électroniques de la fin du siècle passé, mais qui sait garder ce qu’il faut de modernité.