The Charlie Rouse Band
Cinnamon Flower - The Expanded Edition
Label / Distribution : Resonance Records
Il faut remonter jusqu’en 1963, lorsque paraît le disque Bossa Nova Bacchanal enregistré aux studios Rudy Van Gelder, pour mesurer la grande popularité de Charlie Rouse qui signe là un unique disque sous son nom chez Blue Note. Plusieurs raisons l’expliquent : l’attrait du public étasunien pour la musique brésilienne et le flair de Stan Getz qui, avec l’album Jazz Samba en 1962, provoque un raz-de-marée de ventes en reprenant « Desafinado » d’Antonio Carlos Jobim. Enregistré un an après, l’album Getz/Gilberto enfonce le clou, le succès est foudroyant et s’étend au monde entier. Charlie Rouse va lui aussi surfer sur cette vague créole durant quelques années et la sortie de Cinnamon Flower en 1977 va le remettre sous le feu des projecteurs.
Le titre de l’album évoque la douceur : cette « fleur de cannelle » distille un parfum subtil et la musique qui en découle ne cherche nullement à imiter le jazz brésilien. Au contraire on assiste au déferlement d’une pluralité de rythmes dérivés du hard bop destinés à rehausser les folklores tropicaux. Charlie Rouse n’est pas juste le merveilleux saxophoniste de Thelonious Monk avec qui il collabore de 1959 à 1970, c’est un fin mélodiste tant au ténor qu’à la flûte traversière. Son style délicat fait merveille dans « Backwoods Echo (Sertão) ». L’introduction subtile du duo saxophone et guitare annonce le chambardement à venir, la basse dansante de Wilbur Bascomb, le trio percussif composé de Portinho, Bernard Purdie et Steve Thornton soulèvent les notes suraiguës du trompettiste Claudio Roditi. Les compositions de l’album original sont confrontées aux versions studio inédites ; tout est alors histoire de goût, d’autant que les mélomanes qui ont acquis l’album à sa sortie peuvent être influencés par une forme de nostalgie. La volupté que dégagent le violoncelle de Jesse Levy et la contrebasse de Ron Carter dans « Disenchantment (Desencontro) », de même que les clameurs de la jungle qui annoncent « A New Dawn (Alvorada) », participent à la réussite fusionnelle de chants hétérogènes.
Cinnamon Flower sublime les étreintes amoureuses, les ponctuations du piano de Dom Salvador embrassent l’unisson des cuivres et font résonner « Roots (Chão ) » dans nos cœurs. Charlie Rouse se révèle comme un artisan généreux, par sa sensualité maîtrisée il ne cesse de valoriser le spectre sonore, passant de bruissements sensuels à une multitude de balancements rythmiques. Disque enchanteur.

