« En quoi la virtuosité de Coltrane diffère-t-elle précisément de celle de Parker ? » Vous avez quatre heures !
Cette question que (se) pose David Rothenberg dans son essai consacré au chant du rossignol et aux questionnements musicologiques et philosophiques qui en découlent donne à réfléchir sur les liens entre le vivant non-humain et cette expression humaine des plus abouties qu’est le jazz. L’auteur, philosophe new-yorkais, est clarinettiste et a commis plusieurs albums chez ECM. Tout en faisant le point sur l’état de problématiques naturalistes avec force relevés musicologiques de paysages sonores d’un oiseau absent d’Amérique (c’est ainsi : il n’y a pas de rossignols Outre-Atlantique), il parsème son livre de références au jazz. Rappelant par exemple qu’un Artie Shaw lâcha la clarinette à l’issue d’une session de studio en 1954, estimant qu’il ne pouvait aller plus loin que ce qu’il avait proposé. Ou bien faisant référence aux improvisations libres de Keith Jarrett, Jan Garbarek et autres Don Cherry.
Pour lui, la véritable nature du jazz est son ouverture à d’autres traditions : au détour d’un chapitre sur ses investigations dans les parcs berlinois, il dialogue avec Cymin Samawatie, Allemande d’origine iranienne, leadeuse de Cyminology, dont les compositions sont imprégnées de la poésie persane consacrée à l’avifaune. L’auteur va même jusqu’à trouver des évocations ornithologiques dans « It Don’t Mean a Thing - If It Ain’t Got That Swing » de Duke Ellington. Et, en clarinettiste plus qu’honorable, il rappelle ce que disait Sidney Bechet : « ce que nous appelons musique n’est pas de la vraie musique ». Encore une interrogation existentielle pour le·a jazzfan·e. En exergue d’un chapitre sur les pionniers du field-recording consacré aux oiseaux, aux Etats-Unis, il livre cette confession : « Pour moi, les meilleurs musiciens de jazz sont ceux impossibles à imiter et difficiles à classer : Thelonious Monk, Ornette Coleman, Dewey Redman, Charlie Haden et Wayne Shorter. » Comme on le comprend !

