Chronique

Uneven Eleven

Live In Brighton

Makoto Kawabata (g), Guy Segers (b), Charles Hayward (d, voc)

Label / Distribution : Discus Music

Celles et ceux qui étaient présents à ce concert donné au Sticky Mike’s Frog Bar de Brighton le 25 mai 2013 doivent s’en souvenir, vu l’intensité de ce Power Trio. Impossible de rester indifférent face au déferlement de notes et d’énergie brute qui déboulait ce jour là.

Charles Hayward n’en est pas à son coup d’essai ; cette formule mi-rock mi-jazz mais aucunement jazz-rock le comble. Sa conception du rythme s’inscrit dans l’urgence, hors de toute convention. Tel un diablotin surgi d’une boîte, il s’était fait remarquer dans un autre trio venimeux, Massacre, où il confrontait ses bouillonnements à ceux de Fred Frith et Bill Laswell, le tout dans des morceaux hypnotiques. Avec Makoto Kawabata et Guy Segers c’est une autre stratégie musicale qui s’impose : la longueur des compositions flirte avec un psychédélisme dévoré par des morsures dérivées du punk. Le guitariste habitué aux dérapages incontrôlés d’Acid Mothers Temple fait office de guide, il emmène ses deux collègues dans des cheminements obscurs. À trois ils déconstruisent ce qu’il venaient juste d’ébaucher dans les minutes précédentes, l’inconfort emporte la musique dans d’autres sphères.

Les vocalises de Charles Hayward font écho à celles de Damo Suzuki, le chanteur de Can. Son intervention dans « Knead the Beat » permet de réinjecter une dose de tension dramatique. L’ordonnancement de l’espace est géré d’une main de fer par le bassiste. Une fois son jeu ancré dans les explosions chargées d’irrégularités du guitariste, il ne dévie pas d’un centimètre et procure une stabilité rythmique rappelant ainsi combien fut primordiale sa contribution aux formations avant-gardistes Art Zoyd et Univers zéro.

Une débauche de rythmes excitants se superpose dans les improvisations qui ne cessent de se nourrir d’aspérités comme dans le cataclysmique « Mineral Knot ». Les musiciens installent un chaos magistral, leur spontanéité irrigue un processus bien plus élaboré qu’il n’y parait. La densité thématique qui s’abat durant un peu plus d’une heure durant ce concert apporte un éclairage sur un trio éclatant.

par Mario Borroni // Publié le 8 février 2026
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