Chronique

Voï-Voï

Uccelli

Sébastien Palis (acc, p), Frédéric Jouhannet (vln, vlt)

Label / Distribution : Label Vibrant

L’alliance de la nacre, de l’ivoire, du boyau et du crin : quatre matières organiques mais inanimées qui, une fois qu’on leur donne vie, remuent dans tous les sens. Voï-Voï, dont le nom sonne comme une interjection slavonne, est un duo du collectif rouennais des Vibrants Défricheurs. Ils jouent du violon et de l’accordéon ensemble depuis des années dans le circuit des musiques traditionnelles. « Baltazar Fanjul » en témoigne, douce valse échappée des Balkans, aussi agile qu’un gamin qui saute dans les flaques. Sébastien Palis, le clavier de Papanosh qui a écrit ce morceau et Frédéric Jouhannet sont friands d’images et d’une certaine persistance de la mémoire qui s’épanouit dans le folklore mais s’y retrouve vite entravée en dépit de la joliesse des lieux.

La seule issue de secours est alors l’improvisation… Une voie ouverte depuis longtemps par les protagonistes et qu’ils empruntent largement dans Uccelli, disque évidemment paru sur le label Vibrant. Une route accessible mais rarement carrossable : « Picchiettato » est hérissé de pizzicati rageurs et de mordantes attaques de soufflets - parfois le violon est entêtant et facteur d’instabilité. La simplicité n’est qu’apparente et se nourrit de toutes sortes d’influences, jusqu’aux plus contemporaines. Les oiseaux [1] ne chantent librement que lorsqu’ils ont de l’espace. Une évidence que le magnifique « Con Fuocco  » reprend à son compte : un instant, dans l’ostinato de l’accordéon, le violon ténor semble avoir troqué Kodaly pour Ligeti jusqu’à entraîner son compagnon dans une tournerie dissonante et de guingois. Une ivresse des grands espaces.

Cet album de Voï Voï n’est plus seulement un dialogue accordéon/violon. Palis étant un poly-instrumentiste étonnant, capable de maîtriser un nouvel agrès en quelques semaines, il y a intégré le piano qui est en passe de devenir son ustensile de prédilection. Il en joue simplement et avec élégance dans des passages plus balisés, à l’instar de « Maria », portrait féminin plein de tendresse nourri de musique écrite occidentale. La prochaine fois ce sera peut-être le tuba, ou tout autre engin propre à chanter la liberté farouche et espiègle qui colle si bien aux semelles de ces deux rêveurs-là.