Chronique

Aki Takase & Han Bennink

Two for Two

Aki Takase (p), Han Bennink (dm)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Aki Takase et Han Bennink sont deux habitués du duo. Le premier, qui collabore depuis longtemps avec Misha Mengelberg, a aussi enregistré pour Intakt avec Irène Schweizer. Le seconde, quant à elle, a signé sur le label suisse cinq disques en duo, respectivement avec Rudi Mahall, Silke Eberhard, Lauren Newton, Alexander von Schlippenbach et Louis Sclavis. C’est pourtant la première fois que la pianiste et le batteur collaborent en studio. Un exercice largement répandu, mais nouveau pour ces deux musiciens qui s’en sortent à merveille en développant une nuée de pièces courtes et incisives, signées Aki Takase, à l’exception de quatre titres : « Locomotive » et « Raise Four » de Thelonious Monk, « Hat and Beard » d’Eric Dolphy, célèbre hommage au pianiste précédent, et « Do You Know What it Means to Miss New Orleans ? », standard d’Eddie DeLange et Louis Alter.

L’esprit est ici à l’épure, à la vitesse et au déséquilibre : toutes choses qui font de ce Two for Two un enregistrement résolument « monkien », d’autant qu’Aki Takase insère des fragments de Monk ou de Dolphy dans certains de ses propres titres (on entend nettement la ligne ascendante de Gazellioni dans « Rolled Up ») ou insère entre elles des morceaux de l’homme au chapeau. (Chacun, d’ailleurs, pourrait porter son estampille - tout en sonnant invariablement « takasien ».) Le tempo rapide vous emporte d’un morceau à l’autre dans une sorte d’étourdissement auditif accentué par la brièveté des pièces (guère plus de deux ou trois minutes, le plus souvent).

Ce disque copieux et fragmentaire s’ouvre sur le « Two for Two » du titre, et se referme avec une seconde version à la structure inversée où le piano affronte la batterie avec maîtrise et raffinement dans un exercice de duel plus que de duo. Les roulements faussement martiaux de Bennink s’insèrent dans les silences du piano, chaque instrument ménage à l’autre l’espace qu’il réclame ou arrache dans un jeu savant de collisions et évitements. Fructueuse, l’approche frontale des deux partenaires exclut ici tout risque d’aridité : frappe énergique et clusters parcimonieux pour Takase, désarticulation féline pour Bennink. Les deux marquent parfois une pause le temps d’un blues (« Knut »), avant de repartir de plus belle faire virevolter les sons.