Chronique

Alfio Origlio

Ascendances

Alfio Origlio (p), Laurent Vernerey (b), Xavier Sanchez (perc), Sharon Sultan (danse), Marcia Maria (voc)

Label / Distribution : Cristal Records

Il n’est guère fréquent que la quintessence même d’un disque se trouve concentrée dans ses premières mesures, en l’occurrence ici le titre « Ascendances », qui est aussi celui de l’album. Une introduction au udu, suivie de cinq accords plaqués, profonds et persistants, puis d’une ligne de basse basique et chaloupée au piano... en quelques
instants l’essentiel est dit : l’élégance, la sobriété et le sens du toucher et de la
mélodie.

Cette sensualité, déjà présente dans l’écriture des compositions elle-même, est ici
renforcée par l’accompagnement de Xavier Sanchez aux percussions, qui utilise
essentiellement des cajones de sa propre conception. Ces caisses de bois permettent notamment de pratiquer un jeu tout en douceur et en nuances, et si l’on y ajoute celui, particulièrement retenu, de Laurent Vernerey à la basse, on aboutit à une combinaison sonore rythmique quasi idéale.

Ainsi les ballades, qui constituent la majeure partie de l’album, bénéficient de cette
complicité hors du commun entre les musiciens, et sont magistralement interprétées.
Mais au-delà de cela, elles brillent par leurs mélodies, toujours recherchées et
subtiles, ainsi que par la précision de la composition. Le disque est en effet
extrêmement écrit, laissant très peu de place à l’improvisation. Ici, jamais de course-
poursuite effrénée entre les musiciens, et pas davantage de virtuosité inutile. Chaque
accord, chaque arpège, chaque silence semble trouver naturellement sa place au sein de morceaux d’une apaisante beauté.

L’autre facette notable du disque est sa latinité, et notamment l’esprit flamenco qui
fait également partie de l’univers d’Alfio Origlio et de Xavier Sanchez. Cela se
traduit ici par une interprétation du « Tres Notas » du guitariste Vicente Amigo
dans une version courte, dense et compacte qui contraste profondément avec le reste de l’album, et par la présence de la danseuse flamenca Sharon Sultan - déjà partenaire d’Origlio en 2002 - sur une étonnante ballade flamenca cosignée par
elle-même et les trois musiciens.

Pour son troisième disque en leader, le pianiste offre donc un album superbement
conçu, brillant, bâti à la fois sur son parcours personnel mais toujours ouvert à la
relation aux autres.