András Dés Quartet
Decisions We Make
András Dés (d), Philipp Nykrim (p), Martin Eberle (tp), Kenji Herbert (g)
Label / Distribution : BMC Records
Batteur très sensible, très soucieux du moindre son derrière un calme assez peu commun, András Dés est depuis longtemps l’une des figures du label BMC. Après avoir consacré, en trio – et non sans cette douce ironie qui parcourt sa musique - The Worst Singers In The World, ou nous avoir éblouis avec ses Rangers, c’est en quartet que l’on retrouve le Hongrois installé depuis des années à Vienne. Dès « Büntelem », « punition » en hongrois, on retrouve cette légèreté empreinte de gravité qui marque une pulsation tenue tout autant par le batteur versatile que par le pianiste Philipp Nykrin, véritable complice du batteur dans cette entreprise. Dans « People at Places », c’est l’ostinato du piano, un accord bien installé autour duquel tourne ce quartet sans basse, qui permet à la musique de s’engager dans une voie plus lyrique. La trompette de l’Autrichien Martin Eberle, qu’on avait tant aimé aux côtés d’Andreas Schaerer ou de Max Nagl, n’y est pas étrangère.
Il y a une véritable joie de jouer, sensible et sans volonté de performance, dans ce Decisions We Make, porté par un interplay fluide. Conçu comme une seule et même musique, sans pause mais avec ce qu’il faut de bifurcations, le disque enregistré en une prise est un chemin sinueux mais doux où le sourire est partout : ligne claire de « Banán Club » où le piano se promène sur un colorisme très attentif de Dés et des courses sporadiques d’Eberle, lumineux à souhait dans cet album. C’est dans ce morceau comme tant d’autres qu’on perçoit le rôle souterrain et omniprésent du quatrième membre de cet orchestre, le guitariste autrichien Kenji Herbert.
Ce dernier est l’élément perturbateur d’une mécanique solide et fluide. Une perturbation faite de sourire, qui s’instille dans un rythme pour mieux le renforcer ou bien le renverser, à la fois par un jeu rauque et instinctif, mais aussi par de sporadiques éclats de joie qui l’amènent à prendre un peu de champ en compagnie du trompettiste (« Obsession Unlimited »). Cette relation duale, qui fonctionne comme un jeu d’engrenages avec la puissante alliance entre András Dés et Philipp Nykrin, est le secret de cet album simple et efficace, seconde parution d’un quartet mature. Celui sans doute qui célèbre au mieux la grande sensibilité de son batteur, qui régale son monde sur « Dad Jokes ».

