Scènes

Andy Emler lâché dans les Arènes

Neuf musiciens (le MegOctet), lâchés dans les Arènes Montmartre un soir d’été, ont réussi à faire renaître le soleil à Paris et sur les lèvres du public. Bel exploit.


En ce 24 juillet 2007, une musique s’évade dans le ciel ouvert de Montmartre : c’est celle du MegaOctet et de son univers décontracté dans tous les sens du terme, ni les musiciens, ni leurs instruments, ni leurs notes n’étant corsetés dans un quelconque académisme. Le plaisir des yeux, des oreilles, des deux côtés de la scène : un plaisir débordant en somme.




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A. Emler © H. Collon/Vues sur Scènes

Depuis trois ans l’ADAC - Théâtre, Musique et Danse dans la Ville (association subventionnée par la Ville de Paris) investit les Arènes de Montmartre pour un des rares festivals d’été parisien consacrés au jazz. Dans l’un des plus surprenants endroits de la capitale – une scène en plein air disposée en amphithéâtre où l’on voit et l’on entend de partout –, le public a le sentiment de se trouver confortablement installé dans la « Rolls » des lieux de concert, spacieux tout en restant intime. Avec une programmation exigeante et fournie (par exemple Sclavis-Romano-Texier en 2006), l’édition 2007 s’est tenue du 22 au 27 juillet autour d’un choix d’artistes éclectiques, à la limite de l’hétérogénéité (du trio de Dave Liebman à Lenny Constantine en passant par Rhoda Scott) et avec Martial Solal pour point d’orgue.

Mais auparavant, le 24 juillet a permis au public de (re)découvrir le désormais célèbre MegaOctet de Monsieur Andy « aime l’air », qui trouvait dans les Arènes un lieu approprié pour laisser vagabonder ses notes fofolles. Pour l’événement, le soleil fit son retour sur la Ville-lumière (tamisée quand même) après avoir fait faux-bond au trio Celea/Humair/Couturier, qui joua la veille sous une pluie omniprésente. Hormis Alain Vankenhove remplaçant Médéric Collignon et Phillipe Sellam retrouvant la place un temps occupée par Guillaume Orti, le MegaOctet du récent West in Peace était au grand complet et en pleine forme : un Claude Tchamitchian à la contrebasse caressante et aux solos chaleureux côtoyait un Laurent Dehors aux solos free, à la danse épileptique et à la cornemuse énergique, sans oublier le sax d’un De Pourquery des grands soirs, tout de noir, de barbe et de talent vêtu, ni, bien sûr, Eric Echampard.


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Th. de Pourquery © H. Collon/Vues sur Scènes

Emler et ses « boys » ont offert au public un concert copieux, confirmant que le MegaOctet est une des formations les plus attrayantes de ces dernières années et (probablement) des années à venir. Mais un concert du « Mega » est surtout l’occasion de confirmer les certitudes acquises à l’écoute du dernier disque (« West in Peace », « Hugs » et « Les ions sauvages » ce soir-là) : Emler est une arme de (dé)constrution massive tant l’architecture des morceaux est tout à la fois simple et complexe, rock et jazz, rassurante et inquiétante. On sait toujours sur quel pied danser, le bon. Emler et sa fanfare foutraque ne se prennent jamais au sérieux (cf. une chansonnette franco-allemande pleine d’humour par leu duo De Pourquery/Dehors, chahuté par Emler lui-même, toujours à l’affût pour déstabiliser ses compères), et cette heure et demie de concert passe en un clin d’oeil, pour se terminer sur la pointe de nuit.


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Emler n’est pas seulement un subtil compositeur ; c’est aussi un pianiste raffiné qui ne se met jamais en avant, si ce n’est sur quelques fascinants duos avec son compère contrebassiste. Lors de ces intermèdes, proches de la musique contemporaine, nobles et apaisés, même Paris semblait en pause. Seules certaines explosions légèrement trop accentuées seraient susceptibles de modérer l’enthousiasme de l’auditeur, mais Emler n’en abuse pas. La grande formation permet à chaque soliste d’aller à l’essentiel, là où d’autres s’épancheraient en longueur, car le MegaOctet est une pieuvre dont aucun des huit bras ne semble handicapé par l’écriture ou la partition issues de la tête : chaque « souffrant » (comme les appelle Emler) attend son tour avec (im)patience, politesse et dignité. Quand celui-ci arrive, aucun soliste n’en « rajoute », d’où des solos beaux et efficaces. Dans cette catégorie, notons un solo absolu du tuba de François Thuillier, ou le jeu impressionniste, discret et imagé de François Verly (percussions).


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On crie beaucoup dans le MegaOctet, comme pour extérioriser le plaisir qu’éprouvent ces musiciens à jouer ensemble. Souhaitons-leur de pouvoir crier encore très longtemps.


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