Scènes

Anne Teresa de Keersmaeker


Météo chafouine et salle comble - et comblée, si l’on en juge par les applaudissements nourris - pour la compagnie d’Anne Teresa de Keersmaeker.

Archie Shepp - qui a décidément opté pour un style sudiste plus « laid-back » que ses éclats free -, Paban Das Baul et Mimlu Sen jouent d’abord aux frontières du silence et du son. Salva Sanchis danse à la limite de l’immobilité. Puis la musique décolle, devient plus resserrée. Le danseur évolue mais semble avoir du mal à entrer en communication avec les musiciens, à mobiliser son vocabulaire de danse, à occuper l’espace, à trouver les nuances dans un jeu musical assez monochrome. La fin de la pièce est semblable à son commencement : son, silence, mouvement, immobilité.


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Mimlu Sen, Paban Das Baul, Archie Shepp © F. Journo

Les deux pièces suivantes sont des chorégraphies écrites sur des musiques enregistrées. « Raag Khamaj », sur un thème de Hariprasad Chaurasia, est écrit au plus près de l’oeuvre musicale. Anne Teresa de Keersmaker danse, seule, autour d’une longue bande de lumière qui traverse la scène dans sa largeur. Tout un langage de mouvements qui emprunte aux traditions occidentale et asiatique, proposant une lecture personnelle de la musique indienne.

Enfin, la pièce la plus convaincante des trois, sur A Love Supreme de John Coltrane. Une suite en quatre parties, créée par un quartet : il y fallait quatre danseurs. Ici encore, la chorégraphie repose sur une analyse approfondie de l’oeuvre musicale. Pas d’illustration mais plutôt un « transcodage » des aspects formels de la musique dans le vocabulaire des danseurs, tenant compte de leur personnalité propre. Chacun incarne plus particulièrement un des instruments du quartet : les solos de batterie sont dansés par Igor Shyshko seul, ceux de contrebasse par Moya Michael… Les formes de la musique sont reprises en formes dansées. Un travail au petit point, très analytique, très intellectuel, où l’on aurait peut-être apprécié plus d’intensité et de sensualité : chez Coltrane, l’amour, même divin, reste une affaire de chair et de peau.