Chronique

Bex/Goubert/Bearzatti

Open Gate

Emmanuel Bex (orgue Hammond et orgue liturgique), Francesco Bearzatti (ts, cl), Simon Goubert (dm)

Label / Distribution : Plus Loin Music / Abeille Musique

Dès les années 20, l’orgue est vite devenu un des instruments les plus populaires du Jazz, d’abord par l’intermédiaire de l’église puis du cinéma, de grandes figures s’y étant illustrées en premier(s) lieu(x) : Fats Waller et Count Basie.
Puis se manifestèrent ensuite d’enthousiasmants déménageurs, Milton Buckner, Wild Bill Davis, Bill Doggett, Brother Jack McDuff, Jimmy McGriff, Lou Bennett puis l’incontestable star que fut Jimmy Smith et le succès du trio orgue-guitare-batterie, avant que n’apparaisse un nouveau style incarné par Larry Young (le fameux trio Lifetime) et, en France, par Eddy Louiss, le musicien au langage musical le plus varié et spontanément inventif, bientôt suivi, à talent égal - par Emmanuel Bex. Deux disques du label Auand parus en Italie sous le nom de Francesco Bearzatti Bizart trio [1], avec Aldo Romano et quelques invités, nous laissaient espérer une suite… que voici en trio nu mais avec, cette fois, Simon Goubert, sur des compositions de l’organiste.

Un artiste est une éponge, dit-on. Emmanuel Bex a beaucoup épongé et pas n’importe où, ni chez n’importe qui. La malice chez Waller, l’élégance et le sens orchestral chez Basie, la fougue chez Milton Buckner, l’emballement et l’embrasement chez Jimmy Smith, la vertu des couleurs et la fabrication de sons chez Larry Young, la sensibilité, le rebondissement et la finesse ronronnante chez le grand Eddy… Mais faisant foin de tout cela, il a créé son univers multi-facettes à lui, surtout sur ce disque-ci et, plus que jamais, ouvert toutes grandes les portes de la perception (celles de William Blake) et de son talent ; il est vrai que ses partenaires l’ont peut-être stimulé plus que d’autres, notamment Simon Goubert et ses structures complexes qui s’entrecroisent et se superposent en cascade, à l’instar de celui auquel il fait irrésistiblement penser, Elvin Jones… à quoi s’ajoute le côté turbulent et iconoclaste de Francesco Bearzatti… Ballade rêveuse, énigmatique (« Vacuum’s Dancers »), récréation clownesque (« Pericoloso Sporgersi ») et « Point d’orgue » (cette « suite » où la splendeur de l’instrument est à son summum)… tous ces titres sont également délectables malgré un « Slang in A Church » qui semble superflu malgré l’intention évidente : se faire plaisir...

par Jacques Chesnel // Publié le 16 novembre 2009

[1Virus, 2003 et Hope, 2004.