Portrait

Billie Holiday

Une étoile, reconnue officiellement depuis 1986, comme étant une « Star »… à Hollywood.


Un Jazz au swing chaloupé, déhanché, velouté ou écorché, sophistiqué ou sobre, sensuellement dénudé. Ainsi Jazzent-Elles… ces musiciennes, ces chanteuses d’antan, d’Ici et d’Ailleurs, de Maintenant. Certaines, répertoriées dans le panthéon jazzique, sont devenues des figures emblématiques, des sortes de Divas. D’autres, moins (re)connues mais toutes aussi talentueuses, n’ont pas les moyens financiers d’être « managées ». Elles donnent un concert par ci, une jam par là et, restent par la force du Star système, plantées juste à côté des célébrités. Ainsi va le monde enjazzé. En résumé, Ainsi Jazzent-Elles… est une rubrique mensuelle qui rend hommage aux Jazz Women qu’elles soient Divas ou pas. L’essentiel n’est pas là. Comme le disait si bien Paul Verlaine : « De la musique avant toute chose.
« Ainsi Jazzent-elles... » Honneur aux femmes. Le Jazz au Féminin, c’est très bien mais il y a pléthore en la matière. Et c’est ici que ça commence à se corser. Je m’écrie à gorge déployée : « Nom de Jazz ! Par qui commencer ? Qui élire en premier ? Une chanteuse ? Une musicienne ? Une Diva ? Une pas (re)connue à sa juste valeur ?! » Bon ! Il faut faire un choix. J’ai finalement opté pour une chanteuse afro-américaine, pionnière du style « microphone ». Une étoile, reconnue officiellement depuis 1986, comme étant une « Star »… en or plaqué, vissée dans « L’Allée des célébrités » - « La promenade de la Gloire. » à Hollywood : Billie Holiday.

Assez tergiversé, passons au coeur, à la voix, à l’âme de Billie Holiday :
« Lady Day »

« God bless the child »

« Papa et maman étaient mômes à leur mariage : lui, 18 ans, elle 16. Moi, j’en avais déjà trois. » C’est une bonne introduction pour un roman à la Zola. Si ce n’est que ce n’est guère une histoire inventée mais les premiers mots de l’autobiographie de Billie Holiday : « Lady Sings The Blues ». [1]

La vie de Billie n’a pas été un long fleuve tranquille. Bel euphémisme.

Billie Holiday a été, tout au long de sa courte existence (44 ans), massacrée d’épreuves dont elle était victime : « Eléonara Harris (alias Billie Holiday) était une mineure abandonnée à elle-même dont personne ne s’occupait vraiment » dixit un magistrat. Et puis,… le viol, perpétré par un voisin bien attentionné. Billie avait 10 ans.

Et puis, … la faim, la crève-misère, souvent mais pas toujours. En effet, dans les années 40, Billie Holiday était une véritable Star séduisant autant le public jazz que non jazz.

Et puis,… la prostitution (parce que la faim !) et donc l’incarcération.

Et puis,… n’oublions pas de mentionner le racisme. Billie en a été victime à plusieurs reprises. Preuves à l’appui : lors d’un concert qu’elle donnait, dans le Kentucky, avec l’orchestre d’Artie Shaw [2], Billie s’envole pour un superbe « Travelin’ ». Shaw s’apprête à enchaîner avec un instrumental quand un blanc-bec beugle : « Que la négresse chante. » Artie Shaw lance l’orchestre qui couvre la voix de Billie mais sur ses lèvres suintantes de mépris, chacun peut deviner qu’elle traite son « admirateur » d’enculé. Le concert a vite tourné en émeute. Une pagaille de tous les jazz.

Autre petite anecdote à classer dans la rubrique S.O.S Racisme : Au Lincoln Hôtel, à New York, afin de ne pas offusquer les clients venant du Sud, la patronne de l’établissement lui demande de prendre le monte-charge plutôt que l’ascenseur. Billie en a marre de tout, du monde. Et cela, elle le répétait… à qui voulait bien l’entendre !

D’un autre côté, et loin de moi l’idée de vouloir l’accabler, mais c’est un fait : Miss Holiday avait une sacrée tendance à l’autodestruction. C’est comme si elle considérait la vie comme un fruit défendu, un fruit étrange, un « Strange Fruit. »
Alors quoi ? So What ? Relations de cause à effet, elle se droguait. En concert, elle portait de grands gants pour montrer tout ce qu’elle voulait cacher. Elle picolait jusqu’à plus soif. Bibine, daube, vie complètement dissolue lui ont causé quelques gravissimes complications de santé : cirrhose, infection rénale,… Et tutti quanti. Bravo Billie ! Ce lent suicide a réussi.
Quant à ses relations avec les hommes, passons l’chapitre. En un mot : catastrophiques.

Alors, pour s’évader de cette vie de chien atteint de la maladie du carré, toute môme et surtout adolescente, Billie écoutait les disques et couvrait la voix de « L’impératrice du Blues », Bessie Smith. « Elle chantait, elle ne pensait qu’à ça. » [3] dixit Skinny Rim Davenport, un proxénète.
Mae Baernes, danseuse devenue chanteuse (encore vivante), confie : « À cette époque, elle faisait tout ce que faisait Louis Armstrong. Elle connaissait ses disques à fond. » [4]

Et puis, enfin la roue tourne pour Billie.
Comme quoi tant qu’il y a d’la vie, il y a d’l’espoir. Nous sommes en 1930, Billie a 15 ans. Elle sort de prison pour rentrer dans un club de Harlem, le Log Cabin. Elle veut être auditionnée en tant que danseuse. Flop magistral. Et comme par hasard (vous y croyez, vous, au hasard ?), un pianiste lui demande : « Tu sais chanter ? » Évidemment qu’elle sait. Elle entonne haut les cœurs et l’âme au zénith « Travelin’ Alone » et tout de go et avec brio, elle enchaîne sur « Body And Soul. »

Quant elle eut fini, ils chialaient tous dans leur verre, il paraît.

En 1933, c’est parti pour Billie.

Vision panoramique de sa carrière jazzique (1933 – 1959).

Billie Holiday a 18 ans. John Hammond, producteur pour Columbia, l’engage. Elle enregistre son premier disque avec Benny Goodman.

Avec qui chante-t-elle ?


Des musiciens aussi grands de réputation que divers dans le style accompagnent Billie. Jugez plutôt : Satchmo (Louis Armstrong), Duke Ellington, Count Basie, Artie Shaw, Ben Webster, Roy Eldridge, Johnny Hodges, Teddy Wilson, Art Tatum, Benny Carter, Joe Guy (trompettiste, aussi un de ses maris qui était plus fou de LSD que de Billie qu’il traitait comme une trainée), Lionel Hampton, Oscar Peterson, Barney Kessel, Ray Brown, Coleman Hawkins, Gerry Mulligan, Mal Waldron ,…

Et, à classer à part, son alter ego : Lester Young. Billie le surnomme Prez, le Président, le Roosevelt des saxophonistes. Ce sobriquet justifié - certains affirment qu’il a révolutionné le saxo. Le débat est ouvert ! - lui est à jamais resté.

Transfusion… d’émotions

« Je ne m’intéresse plus qu’à ce qui est doux », Lester Young.

Lester Young, son plus fidèle complice trouvait en elle, une certaine noblesse, une dignité. Jamais, d’ailleurs, Billie ne s’abaissait à aller ramasser les pourboires qui traînaient sur les tables. Prez la surnomme alors Lady. Mais Lady, c’est bien trop commun alors, il a ajouté « Day » - « Lady Day ».

Toujours est-il que leur extraordinaire complicité, Prez la jouait. Lady Day la chantait. Et le batteur, Lee Young, le frère de Lester de confirmer : « Billie et Lester se complétaient… Ils étaient comme frère et sœur. Ils jouaient ce qu’elle chantait, elle chantait ce qu’il jouait. » [5]

Lady Day et Prez étaient en télépathie incessante, voire incandescente.
Les américains résument le phénomène en 3 lettres : ESP ; Extra Sensory Perception.
Ça ne s’explique pas, ces choses là. Ça se savoure « Night and Day. »



Que chante-elle ?
Les standards, les chevaux de batailles de Billie Holiday sont sans trop hésiter : « Miss Brown To You », « Lover Man », « Good Morning Heartache » (Eric Wilson écrit ce standard spécialement pour Billie), « Don’t Explain », « My Man » [6], « All Of Me », « Body And Soul », « Strange Fruit », « The Man I Love », « What A Little Moonlight Can Do », « Lover Back To Me »,… Et ses propres compositions : « God Bless the Child », « Fine And Mellow », « Billie’s Blues », « Don’t Explain ».

Elle tourne aussi dans le film « New Orleans » d’Arthur Lubin. Dans ce long métrage Billie interprète une soubrette. Un rôle à valeur ajoutée !
Ce film complètement médiocre (et je suis gentille) a le seul mérite de réunir en plus de Billie de grandes pointures du jazz dont Louis Armstrong et Woody Herman.

Comment chante-t-elle ?

La voix nirvanante de Billie : un art à part entière.
Lady Day, lorsqu’elle chante, mérite bien ses notes de noblesse.
Sa voix rauque est d’une sensualité débordant de tous les côtés. Son sens du rythme « Billiement vôtre » compense son articulation traînante.
Lady Day a un sens exquis du phrasé. Parfois, c’est vrai, elle joue quelques notes à côté.
Elle pousse l’expressivité à son ultime retranchement. Contrairement à de nombreux vocalistes de jazz (ou pas), Billie Holiday n’a jamais scatté ou même cherché à travailler la performance technique pour atteindre le prix de l’excellence. Même si, jusqu’aux environs des années 40, elle s’en fut montrée capable, on ne peut donc pas la qualifier d’acrobate vocale (comme on pourrait le faire pour Sarah Vaughan, Ella Fiztgerald, Dee Dee Bridgewater,…
Sa voix, elle la façonne, la (re)module à sa sauce « aigre-douce ». C’est ainsi que Billie s’y prend pour mieux nous piquer de sa spontanéité de femme-enfant... un tantinet écorchée. Elle chante avec son corps, son âme et ses tripes, des standards qu’elle s’approprie. Dès la première mesure, elle refuse la mièvrerie et donne vie aux mélodies les plus ordinaires.
Hé bien, tout cela, c’est et plus si affinités : Lady Day.

Paroles de Billie
« … Il y a maintenant des jeunes qui veulent savoir d’où vient mon style. Comment il a évolué, etc. Je ne sais que leur dire : si un air vous émeut, il n’y a pas à faire évoluer quoi que ce soit. Il suffit que vous ressentiez quelque chose, et quand vous le chantez, les gens ressentent la même chose que vous. Pour moi, ça n’a rien à voir avec le travail, l’arrangement ou les répétitions. Qu’on me donne une chanson qui me prend aux tripes, il n’y a pas de travail qui tienne.
Il y en a même quelques-unes qui me bouleversent tellement que j’ai du mal à les interpréter mais ça, c’est une autre chose. » [7]

« Strange Fruit », poème antiraciste de Lewis Allen.

En 1939, Lewis Allen soumet « Strange Fruit » à Billie. Billie est profondément touchée, remuée. Toute chamboulée. Illico, elle décide de l’enregistrer. Ce poème dénonçant les lynchages sudistes, elle le chante avec ses tripes. De manière brute. Aucune fioriture. Grâce à elle, « Strange Fruit » devient de manière naturelle un « tube » universel, quasi un hymne.

Paroles de Billie

« Un autre jour, je venais de terminer mon tour de chant sur « Strange Fruit » et comme d’habitude, je me précipitai aux toilettes. C’est comme ça à chaque fois que je suis émue aux larmes, littéralement vidée. Une femme est entrée à ce moment et m’a trouvée là, brisée et en larmes. J’étais partie de la salle en courant, à la fois brûlante et glacée, heureuse et malheureuse. Elle m’a regardée et des larmes ont commencé à couler de ses yeux. « Mon Dieu, » m’a-t-elle dit, « je n’ai jamais rien entendu de si beau de ma vie. Là-bas, on entendait des mouches voler. » » [8]



Paroles d’homme

« Je ne veux pour ma part retenir ici que cette télévision des années 50 où l’on voit Lady Day en gros plan déchirer l’atmosphère de cette complainte fruits et primeurs, frissons et fureur… Sa bouche est énorme, écœurée ou douloureuse selon les mots qui lui font mal ou qui lui donnent la nausée. Elle semble sentir l’odeur des chair brûlées mêlées à celle des magnolias, et le dégueule des notes plus splendides les unes que les autres… Sa rage lui renvoie les paroles comme des boomerangs et ça l’assomme à chaque fois (…) Le dernier mot surtout, qui tombe comme un pendu qu’on décroche. Elle le retient dans sa salive, ça ne suffit pas pour qu’il ne s’écrase dans un nuage de soupir. Elle réatterrit à la fin difficilement, toute étonnée de se retrouver sur scène. Applaudissements étranglés. » Marc Edouard Nabe. [9]

Sacrée Billie ! Et puis aussi : Merci.

Nous sommes en 1959. Le 17 juillet à 3h10’ du matin, Billie s’éteint.
La cérémonie funèbre se déroule le 21 juillet 1959 en l’église Saint Paul. Trois mille personnes sont présentes et se bousculent jusque dans la Columbus Avenue.
Bel hommage… post-mortem !

Jusqu’au bout, le feu sacré a animé et consumé Billie Holiday
Sur son lit d’hôpital, menottes aux poings, cigarette au bec elle travaillait « Lush Live. » En français dans l’texte : vie luxuriante.

Juste pour l’anecdote, Billie (la visionnaire ?), se sentant partir avait confié à Françoise Sagan, fan invétérée et amie de Billie :

« De toute manière, darling, you know, I am going to die very soon in New York, between two cops ». Et oui, pas d’bol pour Billie, une infirmière a découvert de l’héroïne (ce que Billie est aussi d’ailleurs, mais dans un tout autre sens !) dans sa chambre. Billie est arrêtée dans son lit. Intransportable, elle est interrogée et gardée par deux flics à l’hôpital.

Quelques mois plus tard, Françoise Sagan fut stupéfaite et puis tellement défaite d’apprendre que Lady Day était morte la nuit d’avant, seule, dans un hôpital entre deux flics.
Bonjour tristesse. [10]

Sur les traces de Billie

« Chanteuses de Jazz ? Il y a eu les autres,… et Billie Holiday. » Boris Vian. . [11]

Rapidement, certaines chanteuses tentèrent d’imiter son style. Son influence se ressent par ailleurs chez certaines personnalités plus jeunes, et qui prirent leurs leçon, surtout, dans la décontraction de Billie. C’est le cas notamment de Frank Sinatra. Il l’admirait tant. Il était devenu l’un de ses amis les plus proches à la fin de sa vie, ou encore d’Abbey Lincoln.
Dans la décennie 1970, Diana Ross, Esther Phillips ou encore Nina Simone assument sans complexe leur filiation à Lady Day. Dans un tout autre registre, chez Janis Joplin, on retrouve l’influence de Billie. Ses chansons ont également participé à cette influence, notamment « God Bless The Child », mais aussi « Strange Fruit » et « Gloomy Sunday », qu’elle s’était si aisément appropriées.

L’influence de Billie se ressent aujourd’hui directement chez beaucoup de chanteuses de jazz. Elles supportent d’ailleurs assez mal la comparaison avec leur modèle. Macy Gray a admis cette influence. Ce n’est pas le cas de Norah Jones, d’Erykah Badu,…

Ce qu’elles disent d’Elle. Paroles aux Jazz Women

Helen Merrill
« J’ai rencontré plusieurs fois Billie Holiday. Il y avait autour d’elle une aura de chaleur, de sensibilité et de vulnérabilité, déjà évidente dans sa musique. Lors d’une de ces merveilleuses réunions qu’organisait Léonard Feather, Billie et moi avions même chanté en duo – j’étais très jeune et le monde s’ouvrait à moi ! Billie a eu un club à Chicago, le « Holiday Room ». Elle m’avait programmée et était là tous les soirs avec son boy friend. Un drôle d’endroit qui n’a pas duré longtemps. Billie avait la qualité musicale d’un Lester Young vocal et l’intelligence d’une grande conteuse d’histoires. Un de mes très chers amis, Teddy Wilson, me disait qu’il l’adorait mais ajoutait avec une certaine tristesse : « Elle était parfaite quand elle était avec des musiciens, mais elle changeait dès que d’autres gens prenaient le dessus. » Je peux comprendre ça, ce sentiment de solitude… »

Cassandra Wilson
« J’ai été très inspirée par des trompettistes et des saxophonistes. Miles Davis a eu une très grande influence sur moi. Miles était lyrique comme un chanteur. J’ai écouté aussi Betty Carter et Abbey Lincoln, mais surtout Billie Holiday. Ce qui me touche chez elle, c’est le contenu émotionnel, sa façon de raconter ses histoires. Il ne s’agit pas seulement de la beauté du son mais aussi de la beauté de l’histoire et de la beauté du cœur qui est offert au public. Le cœur est le cadeau le plus précieux, la musique doit être un cadeau précieux. Dans le choix de mes chansons, je m’intéresse à l’histoire avant la musique. Même si la chanson ne comporte pas de texte, elle comporte une histoire, et sur scène, j’essaye de raconter l’histoire de la façon la plus expressive possible. C’est une des grandes leçons de Billie.

Diane Reeves
« La première fois que j’ai entendu Billie Holiday au collège, je n’ai pas compris. Il a fallu que je devienne chanteuse, que je me questionne sur la vie pour redécouvrir sa musique. Et là, ça a été comme la bande-son de ma vie : dans sa façon de parler des mouvements de l’âme, de l’amour,… Je devais avoir 20 ans et, je l’ai vraiment écoutée ! Sa manière de phraser ! Elle met une telle force sur chaque phrase, chaque mot… J’ai chanté plusieurs de ses chansons : il est difficile de marcher sur ses pas. Je pense surtout à « We’ll Be Together Again ». J’ai eu beaucoup de mal à l’interpréter : j’avais à l’esprit sa version si intense… J’aime beaucoup aussi ses versions de « Some Other Spring » et « Comes love ». Au-delà de sa voix en tant qu’instrument, on entend sa voix intéieure. Victime de la société de son époque, elle a été forte dans sa tête et son cœur, une révolutionnaire plus qu’une victime : elle a le courage d’être ce qu’elle a été ».

Dee Dee Bridgewater.
« J’ai incarné Billie Holiday dans la pièce mise en scène à Londres, puis à Paris, au Théâtre du Gymnase en 1986. Je suis entrée dans sa vie, j’ai été possédée - à Londres, j’ai reçu des lettres qui lui étaient adressées ! Ca a été douloureux aussi pour moi : jouer sa vie m’a fait me rappeler aussi des moments de la mienne, le viol que j’ai subi – ça a peut-être été comme un exorcisme. Billie a mangé ma vie pendant deux ans. A la fin du spectacle, je ne pouvais plus chanter. J’avais sa voix et plus la mienne ! On m’a demandé de le rejouer à Broadway, j’ai refusé. Il n’y a pas beaucoup de chanteuses qui peuvent, comme elle, faire passer l’émotion en chantant sans forcer. Sa voix, c’est sa vie ! Quel courage elle a eu pour vivre cette vie-là, le racisme si fort en ce temps là… On a encore du mal en à en parler, ce pays ne veut pas encore y faire face.
Billie Holiday a énormément touché les noirs américains. Si Ella incarne pour eux le bonheur, Nina Simone, c’est le militantisme et Billie la souffrance. »

— Jazz Magazine Juin 2005, numéro 560. Dossier B.H. par Christian Gauffre.

par Eva Aym // Publié le 8 novembre 2009
P.-S. :

[1Autobiographie de Lady Day écrite par William Dufty avec la collaboration de Billie Holiday (1954) Ed. Parenthèses, et titre de l’un de ses disques. La vie de Billie Holiday a également été adaptée à l’écran dans le film du même nom en 1972, par le réalisateur, Sidney J. Furie. Diana Ross y incarne Billie Holiday. Mon avis ? Regarder ce film est le plan idéal si vous désirez perdre 2h24 de votre temps ! C’est Nul ! Nul ! Nul ! Quel affront !

[2Billie inaugure le fait qu’une chanteuse noire accompagne un orchestre de musiciens blancs (1938)

[3Jazz Magazine Juin 2005, numéro 560. Dossier B.H. par Ch. Gauffre

[4Id.

[5Id.

[67 « My man » : « Mon Homme » qu’interprète « La Môme Piaf ». Piaff et Holiday sont nées la même année, en 1915… Ce n’est pas le seul point commun. Quant à l’interprétation de ce titre : il n’y a selon moi, pas de comparaison, car justement, elles sont uniques. Tant pour l’interprétation que pour les personnalités : Edith et Billie, si elles n’avaient pas existé, on les aurait inventées.

[7Extrait de « Lady Sing The Blues », autobiographie de Lady Day écrite par William Dufty avec la collaboration de Billie Holiday (1954) Ed. Parenthèses

[8Id.

[910 « L’âme de Billie Holiday » Marc-Edouard Nabe. Ed. L’infini-Denoël (p. 128). À lire, si vous aimez une plume audacieuse au panache remarquable. Hommage vibrant à « LšÂme de Billie Holiday ».

[10« Bonjour tristesse » est le premier roman de Françoise Sagan (1954). Ed. Pocket

[11Un autre regard : on l’appelait Lady Day – Hommage à Billie Holiday. Juste pour le clin d’œil, je vous conseille de lire pour les anecdotes pétillantes et la verve de la plume : « Chroniques de Jazz » Ed. 10 – 18