Scènes

Courtois + Delbecq + Poulsen + Sens = ZAM

Une nouvelle manière de concevoir le concert


Présentation de la ZAM, suivi de deux comptes rendus. Ce premier article sera suivi d’un second à la rentrée tirant le bilan de l’année écoulée.

Il se passe des choses étonnantes au Triton !
Depuis le mois d’octobre 2002, le violoncelliste Vincent Courtois, le pianiste Benoît Delbecq, le guitariste danois Hasse Poulsen et le contrebassiste Olivier Sens ont crée la ZAM (Zone d’Activité Musicale) et investi le club de l’Est parisien.


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Benoît Delbecq (Hélène Collon)

Un nouveau concept voit ainsi le jour en proposant au public d’être actif pendant le déroulement du concert. En même temps, la ZAM fait appel à des artistes d’horizons divers pour ce qu’on appellera la « mise en scène » du spectacle. Dernier point et pas des moindres, des rencontres éducatives. Trois pôles d’activités baptisés : Zam[n]imateurs (artistes), Zam[n]imés (public) et Zam[n]imateurs-associés (associations locales).
Avant de détailler tout cela, un petit retour en arrière s’impose :

« Le point de départ a été donné en avril par Vincent, raconte Olivier Sens, et tout le monde s’est jeté dedans car l’idée était très bonne : pourquoi chercher à faire des projets à l’autre bout de la planète puisque nous habitons à cinquante mètres les uns des autres et qu’il existe une salle disponible (le Triton) pour ce genre d’expériences ». Simple, non ?

Le côté purement musical coule aussi de source, quand on connaît la passion pour l’informatique musicale de Sens et Delbecq. C’est globalement orienté vers les musiques électroniques et électroacoustiques ; les musiques contemporaines au sens large du terme.


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Olivier Sens (Hélène Collon)

Un certain équilibre des formes, où Hasse Poulsen (ou Vincent Courtois) jouera les mauvais garçons : « Je vois mon rôle comme celui qui amène le bruitisme, la colère, celui qui casse le jeu quand tout devient trop gentil », souligne le guitariste.

Entrons maintenant dans le caractère original de cette affaire.
On l’a dit, à l’organisation d’un concert mensuel (en général le premier mercredi de chaque mois), s’ajoute la volonté de rompre avec les coutumes de la musique dite improvisée et de proposer de nouvelles alternatives : « Le public est invité à participer activement à la musique…chaque ZAM , aussi différente soit-elle doit donner la possibilité au public d’écouter et d’agir dans la musique », précise Vincent Courtois.
Par exemple lors du premier concert (Zam[d]click) les quatre musiciens étaient éclairés chacun avec un projecteur dont l’allumage était piloté à distance par un boîtier circulant dans le public ; le musicien ne jouant que lorsque son projecteur fonctionnait.


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Hasse Poulsen (Hélène Collon)

Chaque ZAM est donc thématique. Ce qui amène d’une part à inviter toutes les fois de nouveaux musiciens -une façon élégante de faire partager cette expérience avec leurs camarades improvisateurs.
D’autre part, la salle du Triton est aménagée selon l’idée de chaque spectacle. D’où ce pont que crée la ZAM entre différentes activités artistiques : vidéo, photographie, peinture, avec la création d’une ZAPP (Zone d’Activité Picturale et Photographique). Ce travail avec des associations locales se double aussi d’actions pédagogiques. Ce qui donnera lieu à des travaux avec des élèves du Conservatoire des Lilas, des artistes de la classe de musique électronique de la ville de Pantin etc.

Créer et rassembler, tels pourraient être les deux mots d’ordre de ce singulier collectif. Ce qui enchante le guitariste Poulsen : « il y a vraiment une dynamique autour de la ZAM qui donne beaucoup d’inspiration et donne de l’espoir dans une société où on est la plupart du temps plutôt inquiets. J’ai déjà vu plusieurs projets démarrer à partir et autour des événements ZAM ».

Pour conclure, Vincent Courtois ajoute : « Pour nous c’est aussi une manière de beaucoup fournir de musique : chaque mois on efface tout et on recommence…on réécrit un répertoire sans avoir peur de composer pour un seul et unique concert, ce qui crée aussi une fidélisation du public : certains ne voudraient pour rien au monde rater un nouveau voyage. »

Outre les deux concerts dont vous trouverez les commentaires ci-dessous, ont eu lieu une Zam[d]click et une Zam[a]cademy, basée sur le fameux jeu télévisé où un musicien est éliminé par le public après chaque morceau. Les musiciens ont parfois de cruelles idées !

Zam[z]en , le 6 novembre


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Vincent Courtois (Hélène Collon)

N’avez-vous jamais eu l’impression d’entrer dans une salle de concert et que le moindre de vos pas ou de vos soupirs briserait le silence et la félicitée instaurée ?
Cigarette proscrite, thé de rigueur et la posture en tailleur sur le tatami est bienvenue pour se fondre dans le concept proposé. Nous ne sommes pas chez les fous, mais dans une ZAM, Zone d’Activité Méditative.
J’arrête avec les facilités et je vous parle du concert en lui-même. Chacun des morceaux est précédé d’un exercice de shiatsu (technique de relaxation japonaise) que l’on peut poursuivre pendant le déroulement musical : respiration à 4 ou 8 temps selon vos capacités pulmonaires sur une composition à 8 temps de Vincent Courtois, massage en binôme, posture dos contre dos, ou simplement écoute en fermant les yeux.
D’où une musique qui se développe par nappes presque statiques, avec à la clé un final particulièrement émouvant : l’apparition derrière tout le monde de John Greaves assis à une table sur laquelle est posée une lampe. Personne ne l’avait vu, l’émotion était au rendez-vous.
La seconde partie de la soirée sera tout autre chose, puisqu’un conteur africain se joint à la ZAM, l’interaction est cette fois ci du côté des musiciens, avec des échanges d’instruments, et une musique très électronique qui culminera sur un chorus trash de Courtois.

Zam[a]lgame [1], le 4 décembre. Par Hélène Collon


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Olivier Sens et Vincent Courtois (Hélène Collon)

Concrètement, les instrumentistes [2] sont distribués en cercle autour de la salle, et obéissent à une série de contraintes.
Par exemple, Guillaume Orti fait le tour en les « branchant » ou les « débranchant » alternativement (au moyen d’un faux fil électrique terminé par une pince crocodile…), certains ne jouent que si certains autres s’abstiennent à ce moment-là, ou au contraire jouent, à moins qu’un troisième, de son côté, ait reçu une instruction contradictoire… ou bien ce sont les spectateurs eux-mêmes, préalablement munis de lampes électriques ou de petits dictaphones, qui interrompent ou relancent leur jeu à loisir, etc.

Pour les oreilles seules, cela donne une musique austère, minimaliste, délicate le plus souvent, mais frôlant parfois la stridence, voire la violence, et dont le moindre mérite n’est pas, sans doute, de susciter une écoute particulièrement attentive.
L’expérience n’occupe que la première partie du concert, qui s’achève par une pièce dans laquelle l’interactivité ne concerne que les musiciens, et non plus le public. On appelle ça de l’improvisation, tout bêtement…

par Charles de Saint-André // Publié le 27 février 2003
P.-S. :

Les prochains concerts auront lieu :

  • Le 5 mars : Zam[a]irways
  • Le 2 avril : Zam[s]ensible

    Dans le cadre du Festival Terrasses Découvertes à Reims

  • 23 mai : Zam[zen] 1&2, au Centre Culturel Saint Exupery à 21h
  • 24 mai : Zam[d]click & Zam[r]eims, au Centre Culturel Saint-Exupéry à 21h
  • Le 4 juin : Programme non précisé

[1Si l’on en croit le dépliant (seize volets !) très « concept », distribué par la ZAPP (Zone d’Animation Picturale et Photographique) lors de cette ZAM version « [algame], il s’agit ici d’une »nouvelle approche de l’improvisation : concevoir un ensemble de musiciens comme un système global dans lequel chaque entité possède sa propre logique. Logique a priori simple. Pourtant, l’organisation de ces briques élémentaires entre elles peut donner naissance à un ensemble complexe. Ainsi, neuf musiciens et un vidéaste reçoivent chacun une série de règles comportementales. Ces règles, bien que très simples au départ, donnent une organisation très riche de la musique."

[2outre les membres « permanents » du collectif, les invités étaient ce soir-là : Guillaume Orti (saxophone), Olivier Benoît (guitare), Eric Chalan (contrebasse), Régis Huby (violon), Marc Baron (saxophone), Bruno Wilhelm (saxophone), Roland Pïnsard (clarinette basse).