Chronique

David Chevallier & Pyromanes

Pyromanes

David Chevallier (guitares, banjo), Yves Robert (trombone), Michel Massot (tubas), Denis Charolles (batterie, ustensiles et autres instruments)

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David Chevallier © H. Collon

Samedi 16 octobre 2004 à la Maison de Radio-France, David Chevallier présentait la quasi intégralité de son dernier disque, dans les bacs depuis la veille. Inutile de dire que pour apprécier cette musique souvent exigeante, la performance scénique est une entrée en matière des plus adéquates.

Les Pyromanes sévissent tous ensemble depuis presque cinq ans - que fait la police ? - mais leurs premières rencontres musicales remontent à des temps plus anciens. Chevallier, Massot et Charolles furent ou sont toujours des membres actifs de Tous Dehors, le big band de Laurent Dehors ; et le premier a également joué sur quelques réalisations d’ Yves Robert.
La géométrie et le son du groupe, à forte coloration cuivrée et peu ignifugée, peuvent évoquer les disques de Marc Ducret au début des années 90, comme « Gris » ou, mieux, « News from the Front » (avec Yves Robert déjà). Néanmoins ce serait faire preuve de superficialité, à la limite du contresens musical, que de se cantonner à une telle identité formelle.


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Michel Massot © H. Collon

En concert, David Chevallier est aussi un guitariste spectaculaire - avec un choix de vêtements plus conventionnels, il est vrai - qui vit sa musique et fait partager son plaisir au public par un subtil jeu de grimaces. Mais son approche de l’instrument diffère un peu de celle de Ducret. On peut être surpris par l’apparente absence de direction dans le groupe, et même par une certaine discrétion musicale de Chevallier au sein de l’ensemble. En d’autres termes, c’est une sorte d’anti « guitar-hero » (pathologie dont on ne saurait accuser le beau Marc…) ; il délaisse le centre et les lumières de la scène pour une présence plus diffuse mais néanmoins fondatrice. Cette attitude est en étroite imbrication avec son style très singulier, fortement imprégné des techniques de la guitare classique mais aussi d’énergie rock. Même lorsqu’il joue des thèmes ou qu’il improvise, on sent la recherche permanente de la construction harmonique. En somme, David Chevallier propose à la quadrature de la guitare (accords ou notes ?), une solution personnelle fort séduisante, même s’il ne s’agit pas de la toute première.
Denis Charolles/D. Chevallier © H. Collon
Les trois autres musiciens, dont on ne rappellera jamais assez le talent immense, parachèvent l’aventure, avec un côté fanfare plus léger, bien différent de l’univers « ducrétien » parfois si sérieux : la batterie déglinguée de Charolles est capable des grooves les plus enflammés et carrés, ou, au contraire de climats percussifs exotiques. Le son des cuivres fait merveilleusement écho à la guitare, qu’elle soit électrique à 7 cordes ou acoustique à 12. Une telle alliance, a priori improbable, peut réconcilier tous les déçus de la guitare en jazz contemporain.

Sur les onze plages du disque, n’importe quel amateur de jazz trouvera à un moment donné son bonheur et, s’il est un tant soit peu averti et aguerri, se régalera intégralement.
« Paris-Chartres » ressemble à un voyage imaginaire où la vision des plaines de Beauce évoquerait un désert de sable au Moyen-Orient.
Le riff de « Una cosa facile » devient un leitmotiv que l’on se surprend à entendre même lorsqu’il disparaît dans les improvisations.
Sur « Les chats et le soleil », Chevallier introduit un motif burlesque au banjo, façon western, qui donne lieu à un morceau plutôt enjoué.
Pyromanes © H. Collon
« La cinquième saison » suit directement, avec des harmoniques minimalistes à la guitare, juste deux petites notes qui donnent pourtant une épaisseur considérable à chaque accord. La partie de cuivre solo confère à cette ballade une intensité émotionnelle rare.
Christophe Monniot fait une apparition sur le remuant « Stéréotypes solitaires », un des morceaux les plus faciles de l’album (ce qu’il ne faut pas voir comme un reproche).
Avec « Les folies de Cécile » on tient sans doute le meilleur moment du disque. Batterie et guitare sonnent âpres, très rock ; puis survient le thème à l’unisson corde/cuivre, simple mais entraînant. Le passage qui suit évoquera le morceau « Jeune fille avec un pull gris » de « Gris » : Chevallier plaque de beaux accords cristallins qui deviennent la charpente d’un refrain sans fin à la « Hey Jude », où Yves Robert atteint des sommets d’expressivité.

Il faut plus d’une écoute pour s’imprégner de la musique des Pyromanes mais ce disque agit comme un feu de sodium : il suffit d’une seule petite émotion pour embraser, de manière incontrolâble, l’âme de l’auditeur.

par Julien Lefèvre // Publié le 8 novembre 2004
P.-S. :

A suivre :

22 novembre : concert de sortie du disque PYROMANES à « La Java », 105 rue du Fbg du Temple, 75010 PARIS.