Tribune

Disparition de Jim Hall

Il est des musiciens, qui, rencontrés au fil de vos découvertes, vous prennent par la main à l’orée du chemin et ne vous lâchent plus.


Il est des musiciens que vous chérissez, qui, rencontrés au fil de vos découvertes, vous prennent par la main à l’orée du chemin et ne vous lâchent plus. Pour ma part, parmi ces géants personnels se dresse Jim Hall. Le guitariste américain vient de nous quitter, en toute discrétion, à l’image de ce qu’il était et de sa carrière. Lui qui se produisait en concert il y encore quelques semaines a traversé 60 ans de jazz au côté des plus grands, participant à nombre de rencontres mémorables et d’enregistrements historiques.

Après ses débuts aux côtés de Chico Hamilton, il figure dans les différents trios de Jimmy Giuffre, qui vont marquer la fin des années 1950 en écrivant une nouvelle page du jazz façon musique de chambre. Après avoir joué auprès d’Ella Fitzgerald, il accompagne la renaissance de Sonny Rollins avec l’album The Bridge, suivi de What’s New. A la même période, il enregistre deux disques majeurs avec Bill Evans : Intermodulation et Undercurrent, en duo, format dont il fera sa spécialité tout au long de sa carrière, trouvant là un cadre qui sied à merveille à son jeu et sa personnalité. Ainsi, on peut souligner ses dialogues avec Ron Carter (formidable Alone Together), Bill Frisell, Pat Metheny ou plus récemment Geoff Keezer et Joey Baron.

Autre partenaire majeur de sa carrière, Paul Desmond a enregistré avec lui plusieurs albums en quartet (notamment Glad To Be Unhappy et Bossa Antigua). Comme avec Bill Evans, l’osmose tient de la magie. Enfin, formant une sorte de trilogie d’affinités électives avec Evans et Desmond, il faut mentionner Art Farmer avec lequel Jim Hall a travaillé relativement peu de temps mais pour le meilleur : ils semblaient faits pour jouer ensemble. Pour mémoire, Jim Hall a même enregistré avec Ornette Coleman (Broken Shadows).

Mais il ne faut pas pour autant le réduire au statut d’accompagnateur de génie. Il a en effet signé sous son nom quelques albums indispensables : tout d’abord le Live ! de 1975, complété il y a peu par trois inédits chez Artistshare, issus de la même série de concerts canadiens. Entouré de Don Thompson et Terry Clarke, le maître livre là un chef-d’œuvre d’une richesse inouïe, tout en décontraction. On se régalera aussi de Dedications & Inspirations, Textures, Grand Slam ou encore Hemisphere.


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Jim Hall © Michel Laborde

Jim Hall est le père de la guitare jazz moderne (lisez un peu partout les témoignages de ses pairs). C’est surtout une sonorité instantanément reconnaissable, un art inégalé de l’accompagnement. Je ne sais plus qui disait que Jim Hall, c’était un nouvel accord à chaque temps ; une des raisons pour lesquelles il affectionnait tant les duos. Ces partenaires se lovaient merveilleusement dans son jeu. Il faut (re)découvrir la construction de ses solos, notamment sa façon d’incorporer d’étonnants accords dans ses improvisations.

Jim Hall va nous manquer, énormément.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 16 décembre 2013
P.-S. :

Introduction discographique succincte :

  • Jimmy Giuffre / Jim Hall - Complete Studio Recordings (Fresh Sound)
  • Sonny Rollins - The Bridge (RCA)
  • Bill Evans / Jim Hall - Intermodulation (Verve)
  • Bill Evans / Jim Hall - Undercurrent (United Artists Records)
  • Art Farmer - To Sweden With Love (Atlantic)
  • Paul Desmond - Bossa Antigua (RCA)
  • Paul Desmond - Glad To Be Unhappy (RCA)
  • Ron Carter & Jim Hall - Alone Together (Original Jazz Classics)
  • Jim Hall - Live ! (A&M records)
  • Jim Hall - Live ! Volumes 2-4 (Artistshare)
  • Jim Hall - Hemisphere (Artistshare)
  • Jim Hall - Textures (Telarc)