Scènes

Échos de Jazz à l’Ouest 2015 - 2

Compte rendu de la 26e édition du festival rennais


Richie Cole © Jean-François Picaut

Le saxophoniste alto Richie Cole était un des invités phares de la vingt-sixième édition de Jazz à l’Ouest. Le fringant sexagénaire a montré qu’il n’avait rien perdu de sa faconde, ni de son talent.

Samedi 7 novembre 2015
Playing The Music of The Alto Madness Orchestra
Richie Cole consacre désormais une part non négligeable de son temps à la pédagogie. La transmission lui paraît un devoir, vis-à-vis à la fois de ses aînés et des jeunes générations. C’est donc tout naturellement qu’il a accepté la proposition de Jazz à l’Ouest pour animer une master-class à l’attention de musiciens professionnels.

Neuf privilégiés ont pu bénéficier de l’enseignement du saxophoniste. Ce soir, ils nous restituent leur travail en interprétant la musique de l’Alto Madness Orchestra de Richie Cole, sous la direction du compositeur.


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Richie Cole, François Tavard, Nicolas Royet & Thomas Crogenoc © Jean-François Picaut

Sous la direction du maître, rigoureuse, impérative mais aussi incitative, ils interprètent sept titres variés mais dont Richie Cole rappelle régulièrement qu’il s’agit de « real jazz » ! On ne lui contestera pas cette appellation, pourvu qu’elle ne soit pas exclusive.

Les musiciens sont d’abord un peu guindés, puis, encouragés par le maître, finissent, pour la plupart, par se lâcher. J’ai apprécié la conduite précise de Paul Morvan (batterie) et le jeu nuancé mais ferme de Galaad Moutoz (piano). La section de cuivres, la plus exposée - évidemment - n’a pas démérité, notamment Nicolas Royet (saxophone ténor), Thomas Crogenoc (saxophone baryton) et Simon Pelé (trompette). Ceux-là donneront leur pleine mesure lorsque Richie Cole les invitera dans son propre set.


Richie Cole quartet : énergie et bonne humeur
Avec sa petite taille, son béret vissé sur le crâne, ses lunettes de plage et son pull à col roulé rouge, Richie Cole pourrait passer pour un quelconque petit grand-père jovial. Dès qu’il souffle dans son saxophone alto, l’impression disparaît. Sonorité riche, vélocité impressionnante, science de la mélodie et engagement complet tels qu’ils se manifestent en ouverture dans « Almost Being In Love » sont la marque d’un maître. C’est du solide mais sans esprit de sérieux comme en témoignent les nombreuses citations glissées dans le concert. Ici, ce sont quelques notes de « Stormy Weather » qui se faufilent en douce.

Après avoir fait danser « Venus » sur une mélodie avec modulations souples et attaques franches, ce sera « I Left My Heart in Brittany », un détournement de « I Left My Heart in San Francisco » de Tony Bennett. C’est la première occasion de se distinguer pour Pierre Lebot avec une superbe introduction très délicate au piano. L’altiste enchaîne dans un phrasé ample avec de très longues tenues.

Et c’est le retour de quelques musiciens de la master class dont Rudy Blas (guitare) pour « Brittany Blues », une composition de Richie Cole. Cette fois, Nicolas Royet et Thomas Crogenoc, toute réserve oubliée, prennent carrément leur solo, avec l’indulgence de Richie Cole qui doit finalement mettre un terme à leur enthousiasme.


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Screamin’ Jones & Richie Cole © Jean-François Picaut

Le saxophoniste alto et chanteur Screamin’ Jones (alias Yannick Grimault) a été l’une des chevilles ouvrières de la venue de Richie Cole en France cet automne. Il le récompense en l’invitant deux fois dans son set pour chanter « The Common Touch » (une de ses compositions) et « Alright, Okay, You Win ». Sur ce deuxième titre, les deux hommes chantent et jouent tour à tour dans une belle complicité : Richie Cole prête même son saxophone !

Dans un registre plus calme, Richie en solo nous a gratifié d’un « Pure Imagination » (tiré du film Charlie et la chocolaterie) alliant la plus grande douceur à la force la plus pleine. Une pièce suivie d’une ballade lente, « Whateverology » de Pierre Lebot, interprétée avec sensibilité par le seul trio solide qui accompagnait Richie Cole, soit (outre Lebot), Philippe Dardelle (contrebasse) et Patrick Filleul (batterie).

Quoi qu’on en pense, le bop plaît toujours autant à un large public. La salle archicomble de ce soir et l’accueil réservé à Richie Cole en témoignent. Il est vrai que pratiqué comme il le fait, ce style n’est pas démuni d’attraits. Aussi est-ce visiblement à regret que la salle se vide lentement après un « Tenderly » qui remue nos souvenirs de la regrettée Sarah Vaughan.