Chronique

Guinga et Mirabassi

Graffiando Vento

Guinga (g), Gabriele Mirabassi (cl)

Label / Distribution : EGEA

Le duo guitare - clarinette ne court pas vraiment les rues, et pourtant, la douceur de l’une se marie bien avec l’impétuosité de l’autre, comme nous le prouvent Guinga et Gabriele Mirabassi dans Graffiando Vento.

Graffiando Vento penche vers le choro et le baião, plutôt que vers la bossa nova, samba et autres frevos : malgré son écriture relativement sophistiquée, ce disque relève de la musique populaire car, comme le souligne fort justement Paolo De Bernardin : « in Brazil music cannot be divided into high level and low level, there is no academic contrast between Heitor Villa-Lobos and Antonio Carlos Jobim ». [1]

Graffiando Vento propose douze morceaux, tous de Guinga et déjà gravés entre 1991 (« Canibaile ») et 2003 (« Rasgando Seda »). D’ailleurs, certains thèmes font d’ores et déjà partie des standards brésiliens, comme « Choro pro Zé » ou « Baião de Lacan », tous deux enregistrés sur Delírio Carioca en 1993. Le duo interprète également « Valsa pra Leila » et « Exasperada », deux pièces écrites en 1996 pour le disque Catavento e Girassol de Leila Pinheiro. Les mélodies sont finement ciselées - « Choro pro Zé », « Canibaile », « Constance » -, et le compositeur passe d’un esprit Villa-Lobos, comme « Picotado » ou « Rasgando Seda », à un post-romantisme qui distille une mélancolie parfois un peu molle (« Valsa pra Leila » et « Cine Baronesa »), mais toujours élégante (« Exasperada » et « Constance »).

La limpidité du phrasé de Gabriele Mirabassi, sa sonorité très propre, voire légèrement maniérée, et la logique implacable de ses développements, servent admirablement ce répertoire. Seul le glissando vers les aigus, amusant une première fois dans « Vô Alfredo », devient un procédé un peu systématique dans « Baião de Lacan », puis « Por trás de brás de Piña » et « Constance ». Guinga, quant à lui, introduit joliment les morceaux - « Choro pro Zé », « Constance » -, mais ne prend pas de solo. Très à l’aise dans l’accompagnement des tempos lents et médiums, sur une base de jeu d’accords perlés (« Exasperada », « Cine Baronesa », « Per Constante ») ou en contre-chant (« Choro pro Zé », « Rasgando Seda »), ses accords sur tempos rapides sont répétitifs (« Por trás de brás de Piña », « Baião de Lacan ») et moins convaincants que son jeu en contrepoint (« Picotado », « Vô Alfredo »). En fait, la forme des morceaux, concise et précise, ne laisse pas beaucoup d’espace pour l’improvisation, ni pour l’interaction entre les deux musiciens, donc la guitare sert essentiellement de faire-valoir à la clarinette, ce dont elle s’acquitte fort bien.

Si on se laisse bercer par la musique de Guinga un peu comme on écoute des nocturnes, alors Graffiando Vento nous pousse vers des rivages qui invitent à une introspection langoureuse...

par Bob Hatteau // Publié le 8 novembre 2004

[1Au Brésil, on ne sépare pas la musique savante de la musique populaire, il n’y a pas de distinction théorique entre Heitor Villa-Lobos et Antonio Carlos Jobim.