Entretien

Laurent Blondiau

Un trompettiste à la pointe du jazz belge…

Le trompettiste belge Laurent Blondiau est présent à plusieurs niveaux de la scène belge avec des groupes très variés : Brussels Jazz Orchestra, Nathalie Loriers + Extensions, Octurn, le Rêve d’Eléphant Orchestra et son propre groupe, Maäk’s Spirit. Ce dernier publie aujourd’hui son deuxième album, en indépendant. Citizen Jazz l’a rencontré à Bruxelles.

Maäk’s Spirit, qu’est-ce que ça veut dire ?

La légende dira que « Maäk ! » était un cri que je poussais pendant les concerts… C’est une interjection, un encouragement, quelque chose de positif. Ca ne veut rien dire en aucune langue. D’ailleurs, ce ne sont pas des trémas sur le deuxième « a », mais des symboles. Donc chacun est libre d’y apporter sa propre interprétation, ce qui est important, pour moi.

  • L’album, Le nom du vent est le résultat d’un voyage au Maroc…

Non, on est parti au Maroc pendant une semaine un an avant de faire l’album. C’a servi d’inspiration. Pour Le nom du vent on était à la recherche d’un vrai son acoustique, d’une architecture, qu’on pouvait obtenir sans nécessiter trop de matériel, de casques, etc. On a enregistré en cercle, afin de pouvoir mieux profiter de l’effet de proximité, de l’effet de surprise et accentuer l’aspect du dialogue. Un des buts de cette musique est d’un peu faire perdre la notion du temps. C’est une musique qui est très imagée.


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Jos L. Knaepen

L’album est essentiellement improvisé : il est le résultat de la sélection des meilleurs moments du studio. On a joué très peu de morceaux, on a improvisé et laissé les bandes tourner. Il n’y a que 2 ou 3 vrais morceaux sur l’album. En concert on joue plus de vrais morceaux car on n’est pas sûr de retrouver la magie de l’instant. Mais on conserve toutefois beaucoup de liberté.

Une co-ordinatrice qui nous a accompagnés en tournée et assisté à 8 des 10 concerts a commenté que c’était bien parce que la musique était à chaque fois différente. En effet, il y a cette grande liberté de l’improvisation, si quelqu’un veut dire quelque chose à un moment, il peut le dire.

Le Maäk’s Spirit existe depuis 6 ans. Au début Maäk était un quartet, dans l’esprit d’Ornette Coleman. Puis on a eu 2 chanteuses, une tunisienne et une belge, avec lesquelles on a donné 10 concerts, mais on n’a pas enregistré. Le personnel continue à évoluer. Par exemple, sur l’album Otti Van der Werf est à la basse, alors qu’en concert c’était le Français Sébastien Boisseau, qui joue aussi avec Daniel Humair. Tous ces musiciens sont des créateurs, donc il n’y a pas de statisme, c’est une évolution perpétuelle. C’est un groupe avec peu de matériau écrit, il est plutôt organique et impulsif.

  • En regardant les personnels des différents groupes dans lesquels tu joues, il y a pas mal de recoupements. C’est une véritable communauté ?

Y’a des équipes qui marchent ! La priorité c’est de s’entendre aussi bien humainement que musicalement. C’est un peu une grande famille de gens entre 45 et 25 ans, qui créent quelque chose d’assez original. A l’époque, le Kaai a servi de lieu de répétition, rencontres, nouveaux projets. AKA Moon y a joué tous les mercredis pendant 4-5 ans. Il y avait aussi des français comme Guillaume Orti ou Benoît Delbecq. Personnellement je n’ai pas trop fréquenté le Kaai, mais je sais que c’était un lieu important. Il y a 15 ans des gens comme Michel Massot, Michel Debrulle, Kris Defoort, Fabrizio Cassol se sont connus à Liège.

Ce qui est chouette en Belgique c’est que tous ces groupes (Octurn, Greetings From Mercury ou AKA Moon) ont leur propre son et identité. Les standards et la tradition, aux US ils sont plus proches de tout cela, dans un bon sens. Nous, on s’en fiche un peu, on a moins de règles à respecter. Ce qu’on fait n’a plus rien à voir avec le jazz des années 40, 50, 60, même si c’était génial. Aussi, on ne joue pas beaucoup de standards, car tout le monde compose.

  • Et ton parcours de trompettiste ?

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Jos L. Knaepen

Des gens me disent que je leur fais penser à Miles… Je ne m’en plains pas, mais c’est sûr que quand on entend une trompette bouchée, on pense à Miles. Si dès qu’on joue avec un son rugueux, sans vibrato, sur une rythmique soutenue, c’est du Miles, alors on peut trouver des ressemblances avec tout.

Je n’ai jamais eu de genre, de modèle que j’ai cherché à imiter. J’ai surtout appris sur le terrain, comme pour tous les métiers, je pense. Mes parents étaient de bons musiciens amateurs, ce sont eux qui m’ont poussé à continuer, alors que j’aurais très facilement pu arrêter vers 12-13 ans. C’est seulement à 17-18 ans que j’ai décidé d’aller plus loin avec la trompette.

J’ai aussi fait 2 ans d’études d’infirmier. Je n’ai pas fait la 3e année car j’ai eu une proposition de William Sheller de faire une tournée de 80 dates. Même l’infirmerie, je ne l’ai pas étudiée pour en faire une carrière, mais simplement parce que c’était quelque chose qui m’intéressait, ce côté médical. C’est marrant, car mes copains me disent que c’est à cette époque que j’ai le plus progressé, alors que je menais une vie de cinglé, j’allais au Jazz Studio (à Anvers), aux jams…

  • Et pour le futur ?

Mon plus gros projet pour le moment, c’est un groupe réunissant le Maäk, 6 musiciens gnaouas et un musicien malien, Baba Soussouyaté. Le Maäk’s Spirit aura une résidence au Flagey en août. Sinon il y a Nathalie Loriers + Extensions qui continue, l’opéra de Kris Defoort qui va reprendre, le nouveau projet de Fabrizio Cassol avec l’aulochrome (entre musiques contemporaine et improvisée) et le Rêve d’Eléphant Orchestra qui devrait enregistrer un nouvel album en janvier.

Etre dans plein de projets à la fois c’est bien parce que chacun nous apporte quelque chose, mais ça laisse peu de temps pour s’occuper de ses propres projets, surtout que je fais tout tout seul. Et il faut aussi du temps pour s’occuper de sa famille… Ici le statut du musicien est plutôt zéro, alors tous les musiciens, à part Toots ou Philippe Catherine, donnent des cours, afin d’avoir un statut, une sécurité sociale, un salaire…