Chronique

Louis Matute

Dolce Vita

Louis Matute (g), Andrew Audiger (p, kb), Léon Phal (ts), Zacharie Ksyk (tp, tb), Virgile Rosselet (b), Nathan Vandenbulcke (d, perc)

Label / Distribution : Naive

Il y a d’un côté l’histoire personnelle de Louis Matute, guitariste suisse né à Genève d’une mère allemande et d’un père hondurien, et celle de sa famille, en particulier le destin de son grand-père, contraint de fuir en 1972 son pays natal soumis à une dictature imposée par les États-Unis pour des raisons tout autant idéologiques qu’économiques. Il y a de l’autre sa musique, dont on a déjà pu apprécier la « mise en couleurs mélodiques », à la faveur d’albums tels que Our Folklore (2022) ou Small Variations From The Previous Day (2024). Une distinction qui semble ne plus devoir s’opérer avec Dolce Vita, dont les thèmes sont en connexion directe avec le contexte politique d’un passé finalement proche et d’une actualité criante.

Une Dolce Vita pas si douce que ça, donc. Louis Matute, en musicien de la jeune génération, est un artiste conscient des réalités de notre monde et ne se cache pas derrière son manche pour regarder ailleurs. Il est aussi un être humain évoluant sur le fil tendu de toute une vie : « Au-delà de la musique, cet album est une quête d’identité ». On n’en appréciera que plus le soin apporté à sa fusion d’influences brésiliennes, de jazz ou de rock caribéen, où s’exposent une fois encore la complicité de Léon Phal (saxophone) et Zacharie Ksyk (trompette), la solidité de la paire rythmique composée de Virgile Rosselet (basse) et Nathan Vandenbulcke (batterie), et les voix de différents invités internationaux : Joyce Moreno, Dora Morelenbaum, Rico TH et Gabi Hartmann. Nonobstant le sérieux du propos, les compositions de Louis Matute ne sont jamais sombres, laissant une large place à la lumière. Le leader, selon ce qui est presque une habitude chez lui, ne tire jamais la couverture à lui (ses solos sont réduits au minimum nécessaire). Il conduit l’ensemble avec une force tranquille lui permettant de distiller un groove empreint de sérénité. Louis Matute confirme ainsi toutes les qualités qu’on avait déjà pu repérer : Dolce Vita apparaît aujourd’hui comme une belle manifestation de sa maturité.

par Denis Desassis // Publié le 22 février 2026
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