Chronique

Mamie Jotax

Mon cœur d’artichaut a mal aux abdos

Camille Maussion (as, ss, fl), Carmen Lefrançois (ts, ss)

Label / Distribution : Warn !ng

Cette chère Mamie Jotax est toujours une fabuleuse conteuse. Après un premier album remarqué bien que sorti entre deux confinements, on est ravis de retrouver le duo de saxophones composé de Camille Maussion et de Carmen Lefrançois qui incarnent à merveille cette Mamie Jotax. On en sait plus du personnage sur ce second album, et notamment que la raconteuse d’histoires multimillénaires et pleines d’objets magiques sait toujours nous faire danser : c’est le sujet de « Mamie Comes Back » aux faux-airs d’une Campagnie des musiques chambristes, où l’alto de Lefrançois répond au ténor de Maussion. Il y a un plaisir de jouer et une joie d’improviser sans faire de manière, quitte à faire feuler les chats ; on retrouvera des façons de félin dans « Bloc Note », l’un des plus beaux morceaux de cet album où le duo d’anches travaille une matière fluide et populaire à la façon d’un compositeur contemporain.

La complicité entre les deux musiciennes est particulièrement fluide et l’on perçoit, au-delà des histoires fugaces que le duo raconte, un vrai plaisir de jeu et une façon farce d’envisager la discussion, à l’image de ce que nous propose un « Pic Sel » tortueux que précède, en « amuse-bouche » une improvisation gourmande et toujours pleine de légèreté. Il n’y a pas de cris chez Mamie Jotax, pas davantage de surenchère : ce sont pour Maussion et Lefrançois des lignes qui se croisent et se contemplent, qui dérivent et se frottent mais qui ne se rentrent jamais dedans frontalement. Préférant les entrechats.

Et puis il y a ce titre magnifique, qui dit tout de l’espièglerie de cette mamie Jotax qui retrouve toujours sa jeunesse et nous entraîne dans son monde : Mon coeur d’artichaut a mal aux abdos n’est pas seulement une belle image poétique, c’est aussi une magnifique définition du duo, à la fois plein d’amour, de joie et de tendresse, mais aussi imprévisible et technique que véloce et solide. Le morceau-titre est une définition parfaite avec ce travail infusé de musique écrite occidentale de Maussion et les trajectoires serpentines de Lefrançois. Mamie Jotax fut de la huitième cuvée de Jazz Migration. Avec ce second album, le duo montre que les projets au long cours sont toujours fructueux.