Chronique

L’éléfanfare

Fanfare Mon œil !

Serge Bonvalot (tu), Sylvain Bonvalot (tb), Fabien Chagnard (tp), Gérald Chagnard (bs), Guillaume Grenard (tp, comp), Eddy Kowalski (ss), Thibaut Martin (dms), Sofiane Messabih (bs), Sylvain Nallet (cl), Stéphane Visini (tu)

Label / Distribution : L Arbre-Canapas

Née dans les rues de Bourg-en-Bresse et portée par le collectif local l’Arbre Canapas, l’Eléfanfare pourrait être une formation de plus issue d’un jeune collectif de musiciens désireux d’investir l’espace public de leur région d’implantation pour mêler traditions populaires de la musique de rue et jazz plus consistant, plus élaboré, dans une démarche parfois un peu factice.

Ici, le travail du trompettiste Guillaume Grenard, entendu récemment à la tête de son quartet La table de Mendeleïv, joue à la perfection de ces éternels allers-retours entre la fanfare proprement dite et une musique plus raffinée qui s’empare des codes des musiques improvisées. Sa construction solide s’appuie sur la déambulation pachydermique de la rythmique (le tubiste Serge Bonvalot, le sax baryton Sofiane Messabih et le batteur Thibaut Martin, membre du quartet de Grenard) ; « La Mitaine invisible », par exemple, s’appuie sur cette base pour mener une recherche compositionnelle bien éloignée des flonflons de fanfares...

On pourra même dire, à l’écoute du « Medleyleïev » qui ouvre l’album avec les musiques « élémentaires » de sa célèbre table, que l’écriture de Grenard trouve, dans l’octet de l’Eléfanfare, l’épaisseur et l’implication qui manquaient un peu sur Atalanta Fugiens. Cela tient évidemment à un travail précis sur les timbres (le très klezmer « Metayelim » et le jeu ardent du tromboniste Bonvalot), et peut être à l’humour omniprésent. La truculence de « Frida Von Moirans » où s’illustre le clarinettiste Sylvain Nallet est l’avant-goût animé du pivot de l’album, « Mon samedi au Géant Cas’ », faussement clinquant et rempli de clins d’œil très en place.

La musique de l’Eléfanfare est vibrionnante et festive. En faisant le choix d’enregistrer au plus près de la rue, parfois sans mixage, la formation affirme sa volonté de se confronter au pavé populaire, où il s’agit d’attirer l’oreille comme le sourire avant d’emmener le spectateur/auditeur vers d’autres horizons. Fanfare mon œil !, donc, comme dit si bien le titre...