Scènes

Marly Jazz Festival, 12e édition

À quelques kilomètres de Metz, un festival suit son chemin d’année en année.


Installé depuis deux ans dans une belle salle appelée « Nouvel Espace Culturel » (NEC pour les habitués), le Marly Jazz Festival tente de présenter en quatre soirées différentes visions du jazz. Sous l’impulsion de Patrice Winzenrieth, qui en est le créateur et le programmateur, il présente cette année encore une affiche marquée par le souci de concilier exigence et ouverture au plus grand nombre.

Né en 2005, le Marly Jazz Festival aborde l’année 2016 avec ce mélange presque paradoxal, commun à bien des manifestations de ce type, d’obstination à faire vivre le jazz coûte que coûte et de perplexité face à un environnement économique plus difficile que jamais. La liste des disparitions en France est impressionnante et pour ce qui concerne la Moselle comme l’ensemble de l’entité lorraine, la mise en place d’une région Grand Est n’est pas de nature à faciliter les choses dans la mesure où les interlocuteurs sont pour l’heure encore mal identifiés et les recommandations de « prudence » brandies en attendant des jours meilleurs (ou pas).

Au fil des années, de belles têtes d’affiche se sont produites à Marly. D’abord dans la petite salle du centre socio-culturel La Louvière puis, à compter de 2014, dans son voisin flambant neuf le NEC (Nouvel Espace Culturel), dont la jauge de quelque 750 places et le confort (pour le public comme pour les musiciens) est à même de lui assurer une plus grande visibilité. Ces personnalités du jazz témoignent de la passion qui anime Patrice Winzenrieth depuis toujours. Jugez plutôt par quelques exemples, dans le désordre : Henri Texier, Tony Malaby, Stéphane Kérecki, Avishai Cohen, Anne Pacéo, Stefano Di Battista, Kenny Garrett, Ambrose Akinmusire, Aldo Romano, Paolo Fresu, Omar Sosa, Rosario Giuliani, Miguel Zenon, Giovanni Mirabassi, Eric Legnini, Moutin Réunion, Stéphane Belmondo, Jean-Michel Pilc, Pierre de Bethmann…
Pas mal pour un rendez-vous finalement un peu méconnu à l’échelle hexagonale, mais dont l’ambiance familiale en fait un moment privilégié dont il est bon de souligner les qualités tant humaines qu’artistiques.


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Patrice Winzenrieth © Jacky Joannès

Récemment, nous avons rencontré Patrice Winzenrieth qui a bien voulu nous raconter l’histoire de « son » festival. Le possessif est peut-être injuste, eu égard au travail de partenariat que suppose l’organisation de ce rendez-vous annuel et à la participation active d’un grand nombre de bénévoles pour le mener à bien jusqu’à son ultime minute. Le Marly Jazz Festival est un projet collectif, mais il est indéniable que son créateur n’en est pas moins la figure emblématique : passionné bien sûr, soucieux du bon accueil réservé aux musiciens, toujours présent auprès du public auquel il ne manque pas de s’adresser chaque soir pour lui présenter le programme à venir. Et quand on lui pose la question des souvenirs liés à l’histoire du MJF et de ses onze éditions passées, il évoque avant tout les moments de plaisir, comme ce concert de Kenny Garrett durant lequel le saxophoniste a embarqué les spectateurs dans un long et généreux « Happy People ». Au chapitre des déceptions, humaines celles-là, l’attitude distante et glacée d’un Avisai Cohen peu soucieux de communiquer avec ses hôtes. Et les remarques un brin sarcastiques de son entourage en découvrant la salle dans laquelle le contrebassiste allait devoir se produire (c’était en 2011).

Comme chaque année, Patrice Winzenrieth a cherché à composer en 2016 un programme qui puisse rallier à sa cause le plus grand nombre. Se côtoieront ainsi le duo aux accents hispaniques formé par les virtuoses Dorantes et Renaud Garcia-Fons, la chanteuse Stacey Kent, le jazz explosif et jubilatoire du Mégaoctet d’Andy Emler et l’élégance naturelle du trio formé par Gary Peacock, Marc Copland et Joey Barron. Signalons aussi que le Marly Jazz Festival donne la parole à la jeune génération avec le trio nOx.3 ainsi qu’aux nancéiens de Link Toys dont l’invité sera François Corneloup.
On peut parier sur de beaux moments de musique et encourager le public à venir découvrir l’ambiance singulière de cette fête où le sourire n’est jamais bien loin.
Rendez-vous du 12 au 15 mai.

par Denis Desassis // Publié le 3 mai 2016
P.-S. :

Le programme du Marly Jazz Festival 2016

  • Samedi 7 mai, 20h30 : en préambule au festival qui démarrera vraiment le 12, un ciné concert : « Amy », film d’Asif Kapadia, qui sera précédé par le duo Jean-Marc Robin (batterie) / Yohann Turpin (claviers) ;
  • Jeudi 12 mai, 20h30 : Robby Marshall Quartet / Renaud Garcia-Fons & Dorantes ;
  • Vendredi 13 mai, 20h30 : Ana Carla Maza / Stacey Kent ;
  • Samedi 14 mai, 20h30 : nOx.3 / Andy Emler Megaoctet ;
  • Dimanche 15 mai, 20h30 : Link Toys invite François Corneloup / Gary Peacock Trio.