Scènes

[Meiz] 4tet à L’Intervalle

C’est à L’intervalle - bar dans le Vieux-Lille, que j’ai découvert [Meiz] 4tet


Photo : Vianney Langlais

Si par les temps qui courent le jazz tend à se concentrer dans les programmations officielles et clubs dédiés, il arrive encore que l’on vive de forts moments musicaux simplement en allant boire une pinte de bière belge avec des amis dans un bar familier. C’est à L’Intervalle - bar dans le Vieux-Lille - que j’ai découvert [Meiz] 4tet.

Quelques notes de piano solo en guise d’ouverture et le silence s’impose dans L’Intervalle. Aussitôt nous voilà plongés dans l’ambiance d’un vrai concert. Et autant dire qu’une telle qualité d’écoute est assez exceptionnelle dans un bar le samedi soir.
On pourrait flatter la clientèle assidue de L’Intervalle mais, pour y être déjà venu écouter de nombreux groupes de jazz, je dois dire qu’il n’y a jamais eu autant d’intérêt porté à la musique. Ce soir là c’est la bière qui accompagnait la musique et non l’inverse. Tous les honneurs reviennent au quartet qui a su transformer ce bar en salle de concert et la clientèle en public de jazz.
Bien que labyrinthique et progressive, la musique du [Meiz] semble avoir fait l’unanimité à L’Intervalle. Comment une musique aussi complexe et de prime abord pas vraiment accessible a-t-elle pu susciter autant d’attention et d’enthousiasme de la part d’un auditoire qui n’était pas venu spécialement pour écouter du jazz ?

C’est sans doute d’abord l’originalité de la musique qui a captivé. Si le quartet se définit comme un groupe de « fusion », ne vous laissez pas abuser par cette appellation trop connotée. Bien sûr il y a parfois un peu du Return To Forever des débuts, un peu de piano électrique et des rythmes faussement binaires qui évoquent quelques formations de l’époque. Mais on ne peut pas dire que la fusion défendue par le quartet s’inscrive vraiment dans l’héritage du genre.

La musique de [Meiz] conjugue de nombreuses influences. Le quartet nous a notamment donné à entendre une interprétation jungle surprenante du standard « Speak No Evil », un « Caravan » exotique à souhait, un « Afro Blue » émouvant et contrasté porté par l’interprétation généreuse de Karine Gobert. La chanteuse a même poussé l’ironie en présentant la composition « Brain Surgery » comme un petit disco. Pas si loin de la vérité !

N’étant pas un grand amateur de jazz vocal, je ne pensais pas pouvoir être vraiment séduit par la musique du quartet. Un des mérites de [Meiz] est de se distinguer de la plupart des autres formations avec chanteur/chanteuse. Karine Gobert s’illustre par une approche instrumentale de la voix qui rend service à la musique et à la cohésion de groupe. [Meiz] n’est pas le trio d’une chanteuse mais un quartet où chaque membre est à la fois leader et sideman.

Frédéric Volanti , le pianiste, est d’une vélocité et d’une inventivité remarquables. Luigi Corda, à la contrebasse, joue avec profondeur et efficacité. Il se distingue à l’archet avec un son bien à lui. Erwan Eveno exploite toutes les sonorités de sa batterie, son jeu percutant semble se revendiquer d’Elvin Jones. La personnalité décalée et le timbre chaleureux de Karine Gobert participent beaucoup à rendre accessible et attachante la musique tortueuse du quartet. On veut bien se laisser emmener par mille détours et chemins sinueux par de si bons guides, de si bons éclaireurs.

Un ami, impressionné, me confiera à la fin du concert « Je ne savais pas qu’il y avait une scène jazz comme celle-là à Lille ! ».

[Meiz] 4tet prépare actuellement son premier album, on leur présage – et on leur souhaite - un avenir bien au-delà de la sphère lilloise.

par Vianney Langlais // Publié le 21 février 2016
P.-S. :

[Meiz] 4tet - Live à L’intervalle, Lille, 16 janvier 2016
Karine Gobert (voc) ; Frédéric Volanti (p) ; Luigi Corda (b) ; Erwan Eveno (d)