Chronique

Philip Catherine

The String Project live in Brussels

Philip Catherine (g), Nicola Andrioli (p), Nicolas Fiszman (ac g, el b), Philippe Aerts (b), Hans Van Oosterhout (d), Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW) conducted by Frank Bailey.

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Voici Philip Catherine. Ce guitariste de génie a joué avec les plus grands, Charles Mingus, Joachim Kuhn, Dexter Gordon, Stéphane Grappelli, Zbignew Seiffert, Carla Bley, Chet Baker…etc. Depuis 1970, il a signé une bonne vingtaine d’albums sous son nom. Sa notoriété dépasse largement la sphère du jazz. On retiendra sa participation au magnifique Shleep de Robert Wyatt ainsi que sa collaboration avec le groupe néerlandais Focus.

Le 13 janvier 2015, à Flagey, dans le cadre du Brussels Jazz Festival a lieu la première d’un projet original, à mi-chemin entre le jazz et la musique de chambre. Ce projet vise à présenter une sélection de compositions de Philip Catherine arrangées avec orchestre à cordes.

Ne vous y trompez pas, ce String Project ne consiste pas simplement en un groupe de jazz augmenté d’un orchestre de musique de chambre. Il s’agit bien d’une approche nouvelle et originale des compositions du guitariste. Pas moins de 9 arrangeurs différents ont travaillé à ce projet. Et le travail réalisé est prodigieux. L’unité et la justesse des arrangements donnent à ce live des allures de concerto pour guitare. Si c’est le guitariste qui trace le chemin, c’est bien la mélodie qui est mise à l’honneur. Chaque arrangement est au service de la prose nostalgique et romantique de Catherine.

L’interprétation est magistrale, l’orchestre Royal de Chambre de Wallonie et le groupe de jazz forment, au delà des écoles, un seul et même ensemble. Nicola Andrioli et Hans Van Oosterhout ne jouent que lorsque c’est opportun. On apprécie l’humilité de chaque musicien. Sur sa guitare, Philip Catherine utilise ses effets avec parcimonie. Son jeu limpide et brillant suffisent à nous émouvoir. Là où beaucoup de guitaristes en font trop, la virtuosité de Catherine est toujours bien placée. Plus qu’un album de « performer », la subtilité des arrangements de ce String Project révèlent l’œuvre d’un compositeur et d’un fin mélodiste.

A l’écoute de ce live on a parfois l’impression d’un swing d’un autre temps, c’est que ça valse, ça chante et toujours avec beaucoup de classe. Il y a par exemple « More Bells » qui offre un tango très distingué. Plusieurs compositions de l’album évoquent la musique de film. « December 26th » et « Transparence » par exemples, évoquent le cinéma de la nouvelle vague. « Noburl » aurait pu avoir une place dans un film de Spielberg.

Dans un arrangement épuré qui évoque les Children Songs de Chick Corea, on retrouve « Virtuous Woman » qui figurait déjà sur le live BBC76 de Focus. Le développement de ce concerto pas comme les autres mène naturellement à un « Homecomings » poignant et dramatique en fin de concert. On aimerait que la magie se prolonge encore un instant. Le superbe « Pendulum » est joué en guise de rappel.

Dans les notes du cd on apprend que ce live n’était pas destiné à être édité. Philip Catherine révèle : « après avoir entendu la captation sonore de la télévision belge flamande, et à notre propre surprise, nous nous sommes rendus compte que ces prises, de par leur qualité, pouvaient tout à fait faire l’objet d’un CD ». Pendant longtemps les mélomanes de tous bords auront de la gratitude pour les ingénieurs du son qui travaillaient ce soir-là.