Nadoz
Le jour entier
Christelle Séry (g), Étienne Cabaret (bcl)
Label / Distribution : Musiques Têtues
Alors qu’on l’avait récemment entendue avec le tromboniste Jérôme Deschamps dans une improvisation îlienne sentant bon le Pacifique, c’est avec plaisir que nous retrouvons la guitariste Christelle Séry dans un nouveau duo, avec son camarade du Moger Orchestra Étienne Cabaret. C’est d’ailleurs davantage l’esprit de Moger qui plane sur cet album du duo Nadoz : travail de timbre très léché, écriture simple mais assez luxueuse et chansons aux recherches littéraires qui donnent de l’espace au propos. C’est ce qu’on entend dans le très doux et un peu naïf « Et si l’automne » où Séry donne de la voix sur le maillage rythmique de la clarinette basse de Cabaret. On avait déjà apprécié l’échange entre ces deux là dans le Moger, ici c’est un branchement direct sur leur complicité, où le côté polymorphe de la guitare entre en collision avec la clarinette, mais aussi avec un « arbre à son » nourri d’électronique qui sait donner à Nadoz (aiguilles en breton) une coloration particulière.
Bien sûr, ce n’est pas un album de chansons. La voix est une piste supplémentaire, une lumière qui se travaille. Ce qui se joue d’abord, c’est la discussion entre guitare et clarinette. Le très beau « Labouradeg », qui n’oublie pas les racines bretonnes des Musiques Têtues qui produisent l’album, permettent à Séry de fourrager dans les cordes de son instrument et d’offrir l’occasion d’un prémisse de danse traditionnelle sur la rocaille de l’électricité. Les deux musiciens vivent en grande liberté Le jour entier, entre improvisation et évasion rock où la clarinette basse n’est pas la dernière sur les riffs, ce que l’on sait dès « D’une roche à l’autre », morceau inaugural qui définit parfaitement la nature de l’échange.
C’est avec « La Blanchisseuse » et même le très joyeux « Faufilons ! » que Nadoz révèle cette volonté de jouer avec les mots et de les intégrer à un méta-récit que les instruments mettent en scène. Dans le premier morceau, page de l’Assommoir de Zola (quel choix brillant !), la guitare fore au plus profond de son arc électrique pendant qu’un ostinato de clarinette laisse suppurer un malaise latent. Dans « Faufilons ! », c’est plus la gaîté manœuvrière d’une chanson de travail que les deux musiciens augmentent d’une malice qui colle si bien à la musique de Christelle Séry. Un disque joyeux et hors des sentiers battus, exactement là où l’on attend les Musiques Têtues !

