Scènes

Orange Kazoo

Jeunes carolorégiens et leur toile de fond


L’Espace Senghor, Bruxelles – 22.03.2002


Jérémie Mosseray (d), Manu Loriaux (b), Jérémy Calbert (kb), Manuel Roland (g), Céline Bernard (marimba), Sylvain Spinoit (voc), Tom Manoury (ts, ss), David Picard (tp, flh, perc), Quentin Manfroy (fl)

Orange Kazoo est un groupe de jeunes (mi-vingtaine en général) formé à Charleroi il y a cinq ans. Si on fait la liste des influences, il est clair qu’il s’agit d’un groupe bien en prise avec son époque : rock années 70, jazz, funk, l’Afrique, la musique arabe, drum’n’bass… Finalement, une liste logique pour qui connaît le tissu culturel de la Belgique. De plus, plutôt qu’avoir un morceau arabe, un morceau africain, un morceau rock, etc., ces éléments s’expriment de manière plus diffuse et intégrée, apparaissant ici au détour d’une phrase dans un solo, là dans une mélodie, un rythme ou un arrangement. Par exemple, la simple présence du marimba ne peut que rappeler le balafon, donnant une couleur africaine sans avoir besoin de forcer le trait.


Manuel Roland l’avoue lui-même, les membres du groupe ne sont pas forcément d’excellents improvisateurs. Ce désavantage a été surmonté, et même transformé en point fort, avec un formidable travail d’arrangement, qui constitue, avec l’originalité, l’attrait principal d’Orange Kazoo. En effet, les morceaux « bougent » tout le temps, que ce soit au niveau du volume, du tempo, du style ou de la répartition des sons entre les différentes parties de l’orchestre. S’ensuit de cette démarche, non pas un enchaînement de solos, mais plutôt des morceaux qui prennent mille et une directions. Par exemple, un morceau au thème plutôt « oriental » et en trois temps se transforme tout à coup en musique antillaise, mettant en avant l’excellente flûte de Quentin Manfroy. Encore, à la fin du premier morceau du rappel, s’est accolé un duo glockenspiel-piano avec toute la douceur et la fragilité d’une boîte à musique.


Le premier morceau du concert a commencé de manière rappelant le début du « In a Silent Way » de Miles Davis. La mélodie a émergé et s’est étoffée progressivement, menée par une guitare aux distants accents congolais. Eventuellement, le volume est monté, menant à une partie chantée. Un chant très particulier, puisque Sylvain Spinoit chante avec des mots inventés (mais non improvisés) à la limite de la compréhension, créant ainsi une sorte d’espéranto personnel.


Deux des morceaux les plus marquants du concert, un par set, étaient ceux prenant comme base une rythme jungle/drum’n’bass. Le premier des deux morceaux a été marqué par un rythme très dense et un excellent passage « électro » de la section rythmique, Jérémy Calbert utilisant un petit clavier pour reproduire les sonorités électroniques propres au genre. Le deuxième morceau avait un rythme moins dense et plus syncopé et une mélodie particulièrement réussie à laquelle le saxophone et la trompette ajoutaient des lignes ressemblant à du Wayne Shorter du milieu des années 60.


La seule réticence que j’ai commencé à ressentir vers le dernier tiers du concert face à la musique d’Orange Kazoo est que les morceaux ont tendance à devenir trop fourre-tout. A la longue j’avais l’impression d’avoir mangé un plat très bon mais trop riche. Peut-être qu’une forme de simplification permettrait des explorations plus approfondies des diverses pistes musicales évoquées.


Finalement, je voudrais souligner les prestations en solo de Quentin Manfroy, qui possède une excellente maîtrise de son instrument, de Manuel Roland, qui s’est montré versatile en sautant du jazz au rock en passant par le classique et de David Picard, qui, bien que plus discret, a proposé un superbe son de trompette, dans la lignée d’un Clifford Brown en plus doux.