Scènes

Refocus à la Chapelle Corneille

Sylvain Rifflet présente son programme Refocus à Rouen.


« C’est rare de venir deux fois dans la même salle... Alors deux ans de suite ! », Sylvain Rifflet sourit en énonçant cela au micro, mais c’est vrai qu’à Rouen, il est rare que les programmations fassent dans la fidélité. Venu l’année dernière pour Mechanics, nous l’avions interviewé et il nous avait annoncé Refocus, son aventure autour de Stan Getz. C’est avec ce projet, accompagné par l’ensemble de cordes Appassionato, qu’on le retrouve dans l’écrin de la chapelle Corneille qui accueille de bonne grâce ce genre de musique.

L’acoustique du lieu n’est pas toujours simple pour les œuvres non vocales, et pour les percussions. Fort de son expérience de l’an passé, on sent ,à peine entamé « Night Run », que le clavier à percussion de Guillaume Lantonnet s’amuse avec l’écho pour faire comme un liant de douceur. Le travail de sonorisation de Céline Grangey n’y est sans doute pas étranger ! La délicatesse est d’ailleurs ce qui prédomine dans les premiers instants du concert, alors que le saxophone sablonneux de Sylvain Rifflet s’installe tranquillement aux commandes d’un bel orchestre : le résultat est très soyeux et laisse beaucoup de place au quatuor à cordes. Cependant, sous la direction du violoniste Mathieu Herzog, Appassionato ne gaufre pas plus que de raison la tension entretenue par le contrebassiste Florent Nisse qui joue avec parcimonie mais autorité, et s’offre en prime une très jolie échappée belle sur le bien nommé « Echoplex ».

Sylvain Rifflet & Guillaume Lantonnet © Franpi Barriaux

Comme dans le disque, et finalement comme le faisait à son époque Focus de Getz, Refocus interroge les musiques contemporaines pour mieux les intégrer à un exercice de funambulisme. Fasciné tant par Focus que par les motifs répétitifs de Glass et surtout Riley (« Another From C » en témoigne, petite merveille portée par une alliance entre Lantonnet et les archets), Sylvain Rifflet ajuste sa mire sur une cible différente de celle de Getz, quand bien même au détour de la représentation il joue « O Grande Amor » ou finit son spectacle par un rappel où, seul, uniquement accompagné d’un mini bandonéon actionné avec le pied, il va chercher au plus profond de lui-même une élégance et une clarté qui évoquent ce glorieux ancêtre. La mise au point était parfaite.