Salwa Jaradat
Nafas نَفَس
Salwa Jaradat (voc), Cham Salloum (oud), Ali Al-Hout (perc), Raphaël Haddad (oud, vln), Makram Aboul Hosn (b)
Label / Distribution : Tiny House Music
Alors que nous l’avions découverte dans ces colonnes il y a un an à l’occasion du festival slovène Sound (Dis)Obedience, voici que la chanteuse palestinienne Salwa Jaradat présente son premier album sous son nom. Installée en France depuis quelques mois, on a pu voir Jaradat aux côtés de Naissam Jalal et nous ne prenons guère de risque à dire que la musicienne, par ailleurs grande musicologue, va s’installer durablement dans le paysage hexagonal et mondial. Déjà considérée comme le grand espoir des voix arabes au Proche-Orient - elle était par le passé installée au Liban -, Nafas [1] est une confirmation qui dépasse la musique traditionnelle. « Zawal », où l’on retrouve le oud de Cham Salloum, en est l’illustration. La musicienne syrienne, installée en Allemagne est l’une des plus inventives à son instrument, ce que nous avions déjà pu constater à Ljubljana. Tout en rupture, ce morceau montre le travail de l’orchestre autour de Jaradat.
Il y a une grâce absolue dans le chant de Jaradat, sans excès ni lyrisme particulier. Le chant est puissant et très émouvant, mais la musique produite présente un grand équilibre. C’est souvent la contrebasse de Makram Aboul Hosn qui est le régulateur de ces climats en faisant un travail de bourdon à l’archet, souvent crucial. Sur « Ubur », on perçoit aussi le travail décisif du percussionniste Ali Al-Hout qui était le troisième larron de l’expédition slovène ; voici la base de ce disque où se rajoute le oudiste et violoniste Raphaël Haddad, un autre virtuose libanais venu apporter de la profondeur à cette musique remarquable.
Nafas est un disque court, mais c’est une épiphanie pour tous ceux qui aiment la musique arabe dans ce qu’elle a de plus beau et de plus créatif. Salwa Jaradat porte dans son chant un renouveau qui se marie à merveille avec les musiciens qui l’entourent. Ce disque est une première plongée dans son univers et son regard très avisé sur la musique traditionnelle arabe qu’elle contribue à revisiter et à renouveler avec maestria.

