Chronique

Steve Potts

Wet Spot

Steve Potts (saxophones), Michael Felberbaum (guitare), Stéphane Persiani (basse), Richard Portier (batterie)

Label / Distribution : Steve Potts

Voilà plusieurs décennies que le plus français des saxophonistes américains trace une voie musicale bien à part. Ami et collaborateur de Steve Lacy, John Betsch, Oliver Johnson, leader, pédagogue, compositeur et multi-saxophoniste, Steve Potts possède tous les atouts d’un grand musicien : un son identifiable, un phrasé original, une technique impeccable, un sens de l’à-propos et une faculté à savoir s’entourer, une énergie débordante, mais il lui manque une notoriété méritée. Pourquoi ? Trop radical ? Trop américain ? De toute façon, les raisons sont mauvaises.
Ce disque, enregistré en 1999, sort aujourd’hui uniquement sur internet, une cyber-autoproduction… On y trouve le quartet de l’époque : Michael Felberbaum, Richard Portier et Stéphane Persiani (qui aujourd’hui est formidablement remplacé par Stéphane Kerecki). Ce groupe joue et travaille régulièrement depuis des années. Il s’est forgé un son unique et les interactions entre musiciens sont à la limite de la télépathie. Grâce à une politique de terrain, Steve Potts a pu développer ses concepts musicaux jour après jour, lors de résidences au Houdon, au studio des Islettes et aujourd’hui aux 7 Lézards.
La musique de Potts est ancrée dans une expression libre et exacerbée. Il possède un son déchirant, criard, proche de celui d’Eric Dolphy à l’alto. Il canalise son énergie dans de longs soli, relance les musiciens et ne s’arrête que lorsqu’il a définitivement vidé le thème de sa moelle. Mais sur les balades (Idania), chaque note est susurrée par les musiciens, un par un. Aidé en cela du guitariste Felberbaum, qui trouve là une place de choix (il a composé 4 thèmes) puisqu’il développe les thèmes avec Potts, le soutient, le précède. Ses accords tenus, ses petits nodules, ses riffs incisifs adoucissent sans pervertir les envolées tranchantes du leader. Pour soutenir l’ensemble, deux musiciens exemplaires et profonds, Portier et Persiani, forment une trame rythmique incessante, colorée et sûre. Potts aime l’humour (Elodies mélodie) et l’histoire (les dédicaces des morceaux) et sa musique puis sa force dans son incessante remise en cause. Bien qu’il ait tracé les contours de son univers depuis longtemps, ceux-ci ne sont jamais devenu des limites. Au contraire, son univers est en expansion. Préférant sans doute le concert, Steve Potts a tardé à livrer un tel témoignage de son discours musical. Heureusement, c’est chose faite et le disque est en vente sur le site www.stevepotts.net